‹ La jeunesse de StendhalChapitre 8 sur 288 · Id · texte numérisé non relu

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4. Voir par exemple H. Br., I, 36. — Lui-même remarque : « Peut-êtrej'avance un peu les choses à mon égard et j'attribue à sept ou huit ans les sentiments que j'eus à neuf ou dix. Il est impossible pour moi de distinguer sur les mêmes choses les sentiments de deux époques antiques » (87). Mais il fait de plus grossières erreurs que ces anachronismcs de sentiments.

PRÉFACE XV

dans les fictions que l'on crée soi-même, n'est-il pas difficile de reconnaître, parmi ces images qui surgissent au regard, les souvenirs authentiques et les suggestions de la^fantaisie, ce qu'on retrouve et ce qu'on trouve \ V u hallucination vraie » et celle qui ne correspond a aucune réalité antérieure 2 ? Le mélange entre le rêve et l'histoire est surtout facile quand il ne s'agit pas de faits, mais d'impressions. « Je ne prétends pas peindre les choses en elles-mêmes, écrit Stendhal, mais seulement leur effet sur moi ^ » Et c'est justement là qu'est

le danger.

Beyle, en toute bonne foi, a dû se tromper souvent . Ces « découvertes » qu'il faisait de souvenirs morts depuis trente ou quarante ans ^ ont peut-être été maintes fois d'inconscientes inventions. A étudier de près Henri Brulard, il semble en particulier que ces souvenirs, trop solHcités par Beyle, se soient un peu systématisés. Beyle est trop psychologue pour ne pas faire involontairement des « portraits «. De son père, de sa tante, de lui-même, il ne retrouve pas seulement l'image, il la repense et la dessine suivant les lois de son propre génie. Il revoit les héros de son enfance comme il conçoit les personnages de ses romans : fortement caractérisés, logiques et simples.

1 Le voicî par exemple qui nous explique les sentiments des siens à l'approche des Russes, en 1799 : les uns ont « une vive joie » ; tel autre, plus prudent, préfère qu'ils ne viennent pas jusqu'à Grenoble. Mais soudain Beyle se reprend, et avoue que tout cela est pure supposition, car il n'a aucun souvenir précis (H Br II 68 ) N'a-t-il pas souvent oublié de se reprendre ? (v. irf., ib., IbU.)

2. Il'semble parfois que l'cflort de Beyle pour se souvenir risque de créer justement un souvenir illusoire. « Il me semble, écrit-il quelque part, en y pensant bien, qu'il y eut une victoire de Séraphie... »(H. Br., I, 178).

3 H , 168. Il dit encore (188) : « Je ne puis pas donner la réalité des faits, je n'en puis présenter que Vombre. » Et ailleurs : « Je ne puis voir la physionomie des choses... Je vois des images, je me souviens des effets sur mon cœur... .

4 Crozet après avoir avoué à Colomb qu'il avait seulement parcouru Henri Brulard — ce qui restreint la portée de ses critiques, — déclarait y avoir . trouvé quelques erreurs de détails et même des noms oubliés ou pervertis... » Et il ajoutait, en vieillard trop assagi : « Il y a souvent de la rancune et bien des témérités... » [Comment a .écu Stendhal, 112). Eh, sans doute ! et heureusement.

5. „ Je fais de grandes découvertes sur mon compte en écrivant ces Mémoires. D [H. Br., II, 39 ; cf. 139.) — « En 1835 je découvre la physionomie et le pourquoi des événements » (I, 156).

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