H .Br., I, 200. Cf. plus haut, p
8. Parce que leur simplicité est plus près de la naïveté des enfants ; et pour la raison aussi que donne Beyle : « ... j'aimais beaucoup la cuisine, occupée par mes amis Lambert et Marion et la servante de mon père, qui avaient le grand
était chez celui-là une chose touchante et pitoyable. Il ne se sentait en confiance qu'auprès de Marion, la cuisinière, du valet de chambre et de la bonne. Il allait rire avec eux, car on ne riait nulle part ailleurs dans la maison. Mais, si elle l'entendait, l'aristocratique Séraphie le rappelait aigrement.
Il ne trouva point seulement à la cuisine un peu de gaîté, mais son premier ami. Cette histoire tendre et tragique est peut-être celle qui nous révèle le mieux le secret d'Henri Bevle.
« Ma sociabilité... s'était divisée en deux branches. Mon grand-père était mon camarade sérieux et respectable. Mon ami, auquel je disais tout, était un garçon fort intelligent, nommé Lambert ^. »
Ce Lambert, « un jeune et bel homme très dégourdi ^ », servait depuis longtemps dans la maison, puisque c'était lui qui, en 1788, menait l'enfant en promenade. Alors déjà il était son « intime ami ». Après la mort de sa mère, cette amitié devint de la passion.
Passion tendre, expansive, et, ainsi qu'il convient aux grandes amours, humble et soumise. L'enfant s'abandonnait à des confidences infinies ; pendant que son ami sciait du bois, il lui faisait ses « plus doux épanchements ^ ». Comme il était très bavard, ce beau garçon un peu impatient lui donnait pour le faire taire « une petite calotte bien sèche » ; et Henri Beyle, à l'égard des autres si bar-gneux, si vindicatif, n'en aimait que mieux Lambert.
Dans cette amitié *, il y avait, semble-t-il, avec le plaisir
avantage de n'être pas mes supérieurs, là seulement je trouvais la douce égalité et la liberté... » {H. Br., I, 140.) Même idée dans les Mém. d'un Touriste, I, 109.