CHAPITRE XI
LE LYRISME DE TITIEN
PLUS QUE NUL AUTRE MAITRE DE LA RENAISSANCE TITIEN s’EST AFFRANCHI DE LA SERVITUDE DES PROTECTEURS ET DES COMMANDES POUR FAIRE DE SON ŒUVRE l’eXPRESSION DE SA PERSONNALITÉ || SES PORTRAITS PORTENT DES JUGEMENTS SUR LES HOMMES DE SON TEMPS || DURANT SA LONGUE CARRIÈRE ON RETROUVE DANS SON ŒUVRE LES MÊMES SOURCES D? INSPI RATION QUE DANS SES PEINTURES DE
l faut reconnaître, dans la peinture de Titien et dans ses trans-
formations, une image constamment fidèle de sa personnalité
et de sa vie. Au temps de sa jeunesse, quand il était « garzone », dans l’atelier des Bellini, semblable à ces adolescents aux justaucorps de couleurs, aux longues boucles, aux chausses collantes, qu’il a placés dans ses fresques de Padoue, dans le Concert champêtre du Louvre, semblable à ce charmant saint Roch qui s’incline vers la Vierge, dans un tableau du Prado ; il lisait YArcadia de Sannazar, le Songe de Poliphile qui sortaient des presses des Aide, dans les premières années du xvie siècle, alors que son imagination était adolescente et que se formait son intelligence d’homme.
A Venise, vivaient des agents des princes voisins, les secrétaires de grands seigneurs par lesquels Titien sera, un jour, en relation avec Ferrare, Urbin, Mantoue et bientôt Charles-Quint. Il nous a laissé les portraits de ces jeunes hommes dont il fut le compagnon. Le plus beau de ce groupe est Y Homme au gant. Ces peintures nous aident à imaginer ce qu’était Titien à cette époque; vers 1520, il allait, sans doute, comme eux, vêtu de noir; ses yeux