XII
PRÉFACE
impossible; ce serait demander au lecteur une docilité dont il n’est pas toujours capable. Après qu’il s’est fait sa propre religion , le critique doit encore démontrer sa foi.
J’ai tâché d’être prudent dans le choix de mes preuves. Parmi tant d’ analogies que le regard remarque et que la mémoire enregistre, parfois à notre insu, j’aurais voulu retenir seulement celles qui présentent un caractère d’ identité matérielle ; seules les particularités du dessin autorisent ces « évidences »; les parentés de couleurs pour des raisons de mille sortes — car elles vont de la linguistique à la chimie — laissent place au doute et aux contestations. Pour les identités linéaires mêmes une difficulté subsiste ; il est impossible de transposer des images précises en mots; le langage verbal, si précis pour suivre un raisonnement, paraît indifférent, amorphe, quand on lui demande de transcrire du dessin. On a donc jugé utile de joindre à ces descriptions quelques croquis. En de telles matières un simple trait en dit plus qu’une page de prose. Ces modestes gravures n’ont pas la valeur documentaire de photographies, mais elles ont une grande supériorité didactique. Elles ne prétendent pas représenter des originaux, mais indiquer seulement comme avec le doigt ce que l’on offre à l’ attention du lecteur.
Ces rapprochements sont fondés sur cette crogance que l’imagination d’un peintre et surtout ses habitudes manuelles, restent fidèles aux mêmes formes, ou tout au moins n’ évoluent qu avec lenteur. C’est le désir d’affirmer seulement des évidences qui dirige ainsi notre examen sur des détails qui peuvent sembler sans importance. Nous sommes dans la situation du critique littéraire qui, désespérant de faire partager sa conviction sur l authenticité d un poème, renoncerait aux preuves par le style ou la pensée pour faire appel à la graphologie. Qu’on nous pardonne cette chute du haut de l’esthétique dans l’expertise en écriture. Ces remarques graphiques n’ interviennent que pour suppléer à la faiblesse démonstrative des raisons sentimentales. Ce n’est pas déroger pour la critique que de s’y appliquer; les habitudes du pinceau ou du crayon ne sont pas étrangères à l’imagination du peintre comme le