‹ La Jeunesse de William WordsworthChapitre 13 sur 57 · SAS · texte numérisé non relu

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calmantes. Avec lémerveillement et le respect craintif d’un Indien... il méditait sur les rapports qui existent entre ces abstractions et les lois de la nature. Il se demandait comment ces agents immatériels avaient été amenés à courber la tête et à entrer au service de l’homme né de la terre, le guidant d'étoile en étoile, de sphère en sphère, de système en système Jusqu'à linfini ». Plus souvent, il puisait à cette même source un plaisir paisible et profond, le sentiment d’un pouvoir permanent et universel et d’une souveraine croyance. « Il y reconnaissait le type, pour notre nature bornée, de lunique Être suprème, qui, supérieur aux limites de l’espace et du temps, de l’espace mélancolique et du temps douloureux, incapable de changement et insensible aux ballottements de la passion, est et se nomme Dieu. La paix transcendante et le silence accompagnaient ces méditations qui étaient un fréquent réconfort pour sa jeunesse (1). »

Au lieu d'apprendre les formules, il avait donc le tort grave de s’enthousiasmer à distance « pour cette claire synthèse qui élève si haut sa gracieuse structure », d’y chercher surtout un refuge contre les images qui obsédaient son esprit, ou le stimulant de vagues et audacieuses méditations. Il aurait pu, semblet-il, à défaut des sciences abstraites, s’initier à d’autres enseignements. Mais il n’aimait pas « les timides études scolastiques d'alors. Il eût voulu voir la rivière couler plus librement dans un lit plus large (2) ». Par-dessus tout, il s’affligeait des passions jalouses que les concours allumaient dans le cœur généreux des jeunes gens. Lui-même n’avait connu que deux fois cette émulation qui si facilement dégénère en envie. Une première fois, c'était dans une course à pied avec un de ses frères où, se voyant vaincu, il lui avait donné le croc-en-jambe. Une autre fois,

(1) Prélude, NI, 115-167.

(2) Zbid., 493-496.

c'était à Cambridge même, envers un condisciple qui le battait dans la seule étude pour laquelle il eût de l’amour-propre, celle de l'italien, « C'était là, disait-il plus tard, un horrible sentiment (1).» « Mon cas, écrivait-il à son neveu Charles Wordsworth le 12 mars 1846, est, je le sais, particulier de bien des façons, mais je puis sincèrement affirmer que je ne dois à l’émulation aucun de mes avantages, quels qu’ils soient. J'ai depuis ma jeunesse jusqu’à aujourd’hui cultivé l'habitude d’apprécier le savoir pour lui-même et pour le bien qui en peut et doit provenir — le bien pur et sans alliage (2). » Nulle palme gagnée ne pouvait, à son avis, compenser le mal fait par ces luttes malsaines. Il préférait aux rivaux fièvreux et soupconneux les natures plus faciles, que ne tourmentait pas éternellement l'issue d’un concours et qui gardaient un peu de temps pour l'amitié.

Il perdit ainsi toute chance d'obtenir ce grade de fellow ou agrégé de son collège (3), qui lui eût constitué une pension dans le présent et permis d'espérer pour l’avenir des fonctions avantageuses. Il n’essaya même pas de se signaler par quelqu'une de ces compositions poétiques, à l’aide desquelles les étudiants des Universités anglaises réussissent souvent à attirer sur eux l’attention de leurs professeurs. Il n’écrivit pas de vers latins en vue d’un prix ou d’une médaille d’honneur. Il ne profita pas davantage des occasions qui s’offrirent à lui pour composer des vers anglais. Le directeur de son collège étant mort peu de temps après son arrivée, son cercueil fut, selon la coutume de l’époque, placé dans le vestibule du collège, et sur le drap noir qui le recouvrait plusieurs étudiants vinrent attacher des pièces de vers anglais ou latins. L’oncle maternel de

(1) Mrs Davy’s note, 7 avril 1846 (Knight, Life of Wordsworth, II, p. 459-460.

(2) Charles Wordsworth, Annals of my Iarly Life (1806-1846), 1891.

(3) Lettre de Dorothée, 26 juin 1791 (Knight, Life of Wordsworth, I, p. 57).

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