‹ La Jeunesse de William WordsworthChapitre 22 sur 57 · RON · texte numérisé non relu

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endroit malade de son corps. C'était vraiment une heure de fermentation universelle; les hommes les plus doux étaient agités ; et le choc, la lutte des passions et des opinions emplissaient les murs des plus paisibles demeures de bruits fiévreux. Le sol de la vie ordinaire était à cette époque trop brûlant pour qu’on y pût marcher. Souvent je me disais alors — et ce n’est pas seulement alors que je me le suis dit : « Quelle moquerie de l’his- « toire passée ou future ! Je sens maintenant comme tous les « hommes s’abusent, quand ils ajoutent foi à ce qu’ilslisent sur «les nations et sur leurs actes, car c’est avoir foi dans la vanité « et dans le vide. Oh! comme elle prêterait à rire la page qui « voudrait reflêter pour l’avenir la face du présent! » Le pays fourmillait de passions, comme une plaine dévorée par les sauterelles, — Carra, Gorsas — ajoutez cent autres noms aujourd'hui oubliés et dont nul n’entend plus parler ; néanmoins à cette date ces noms étaient des forces, pareilles aux tremblements de terre ; ils causaient des secousses qui se répétaient de jour en jour et se faisaient sentir dans tous les recoins de la ville et des champs.

« Tel était l’état des choses. Cependant les principaux de mes compagnons se préparaient à fuir pour augmenter la troupe d’émigrés en armes qui était réunie sur les bords du Rhin et qui, liguée avec l’étranger, se tenait prête pour une guerre immédiate. (était leur objet non déguisé et ils attendaient de tout leur désir l'heure du départ.

« Anglais, né dans un pays dont le seul nom semblait autoriser quelque turbulence d’esprit, étranger qui, outre le privilège de la jeunesse, jouissait de l’indulgence que les personnes courtoises ont pour celui qui s’essaye à parler une langue nouvelle, moi, qu’ils eussent sans cela évité et tenu à l'écart, je vivais librement avec ces défenseurs de la couronne, causais avec eux et écoutais leurs arguments. Ils ne dédaignaient pas de tâcher de me gagner à leur cause.

« Mais quoique ni la réflexion ni les livres ne m'’eussent appris à bien raisonner sur la politique et sur la loi, et sur les subtiles distinctions entre les droits naturels et les droits civils, qui étaient alors dans toutes les bouches; bien que les actes des nations et leurs intérêts passagers, comparés aux fins et aux visées spirituelles, me fussent presque indifférents ; bien que Je ne prisâsse les écrits des historiens eux-mêmes que comme Je prisais Les récits des poètes, pour faire battre fièrement le cœur et pour peupler la fantaisie de formes belles, de héros antiques, de leurs souffrances et de leurs exploits ; néanmoins, je ne trouvais rien et n’avais jamais dès ma plus tendre jeunesse rien trouvé qui m’éblouit dans le sceptre royal et dans la pompe de la hiérarchie nobiliaire. Cette splendeur était plutôt attristante et dure à supporter pour moi, car je voyais que ce n'étaient pas les meilleurs qui gouvernaient et je sentais que c'était eux qui devaient gouverner.

« Né dans un pauvre district qui conserve encore plus de la simplicité ancienne que tout autre recoin du sol anglais, la fortune avait voulu que je ne visse presque jamais pendant toute ma carrière d’écolier le visage d’un homme ou d’un enfant qui fût entouré d’égards et de respects par le seul privilège de la richesse ou du sang. Plus tard, ce n’avait pas été pour moi le moindre bienfait des institutions et des règlements de l’Université, que de trouver à Cambridge une façon de république où tous étaient en tant qu'étudiants sur un pied égal ; où tous étaient frères en honneur, comme dans une communauté, nivelés par le savoir et l’éducation ; où les distinctions étaient ouvertes à tout venant et où l'or et les titres étaient moins estimés que les talents, que le mérite et le travail prospère. Ajoutez à cela, dès lé début de ma vie, la subordination aux mystérieuses apparitions du pouvoir divin qui se manifeste dans la souveraineté de la Nature, et la compagnie de livres vénérables qui sanctionnent les fiers élans de l’âme, et la liberté des montagnes. Un homme

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