‹ La Jeunesse de William WordsworthChapitre 23 sur 57 · DOS · texte numérisé non relu

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ainsi formé ne pouvait que considérer avec une admiration respectueuse les facultés humaines, que recevoir avec joie les plus sublimes promesses, et que saluer comme le meilleur le gouvernement des droits égaux et du mérite individuel. Donc, si lors de la première explosion révolutionnaire je me réjouis moins qu'on n'aurait pu l’attendre de ma jeunesse, cela tient à ce que les événements ne me semblaient en rien s’écarter du cours nécessaire de la nature : c’était un bienfait qui venait tardive ment plutôt que de bonne heure. Aussi n'est-il pas étonnant que des avocats comme ces officiers, enflammés par la passion, aveuglés par le préjugé, piqués au vif par le tort qui leur était fait, fussent impuissants à me convertir maintenant que mon esprit était plus mûr, à faire prendre à mes espérances la même forme qu'aux leurs, à plier mon intelligence au culte de leurs idées d’honneur ; mon zèle, qui jusque-là avait sommeillé, animé par la contradiction s’échauffa soudain comme un été polaire; chacune de leurs paroles était une flèche que les vents opposés retournaient contre eux. Leur raison semblait frappée de confusion par une puissance plus haute que l'intelligence humaine ; leurs discours étaient sans suite et sans nerf, et fort de leur faiblesse, je triomphais (1). »

Aussi les débuts de la guerre, malheureux et humiliants pour les armes françaises, tandis qu’ils relevaient l’espoir des officiers de Bassigny, causérent-ils à Wordsworth une poignante déception. Pendant que les troupes de Biron se débandaient à Mons, sans même avoir l’ennemi en tête, en criant à la trahison, deux mille hommes commandés par le général Dillon, obéissant à une panique semblable, peut-être au même mot d’ordre, se

repliaient sur Lille, à l’aspect de quelques régiments autri-

chiens et y massacraient leur général. Le 17 mai, Wordsworth écrivait de Blois à un de ses amis de Cambridge :

(1) Prélude, IX, 125-262,

« L’horreur suscitée par la nouvelle des événements qui ont marqué le commencement des hostilités est générale. Il y a cependant des hommes qui ont éprouvé une sombre satisfaction en apprenant une catastrophe qui semblait mettre l’armée des patriotes hors de toute chance de succès. Une fuite ignominieuse, le massacre du général, une danse exécutée avec une joie sauvage autour de son corps réduit en cendres, le meurtre de six prisonniers, ce sont là des faits qui étonneraient le lecteur des Annales du Maroc. » Dans cette même lettre, il exprimait sa crainte de voir se consommer la déroute des patriotes. Il cherchait toutefois à se rassurer sur ses suites : « Supposez que l’armée allemande soit aux portes de Paris; quelle en sera la conséquence ? IL lui sera impossible de faire subir à la Constitution des changements importants, impossible de réintégrer le clergé dans son ancienne splendeur criminelle, impossible de rendre à la noblesse une existence semblable à celle dont elle a joui, impossible d'ajouter beaucoup à l'autorité du roi. Cependant, il y a en France des millions d'hommes — je parle sans exagération — qui esperent que cela aura lieu (1). »

Les craintes de Wordsworth firent place à la confiance et à l'enthousiasme quand il vit défiler devant ses yeux les bataillons de volontaires impatients de venger ces premières humiliations. Nombre de ces bandes levées dans le sud-ouest passèrent par Blois où en outre un bataillon départemental était alors en formation. Au moment où, à force de relever dans le détail les inévitables faits de désordre et de rapine dont plusieurs de ces troupes spontanées se rendirent coupables, on risque de perdre de vue la réelle générosité et la beauté réelle de l’ensemble, il n’est pas Inutile de savoir quelle impression fit ce spectacle sur un étranger. On verra que Wordsworth est pleinement d'accord

(1) Lettre à Mathews, 17 mai 1792. Knight, Life of Wordsworth, I, p. 64.

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