‹ La Jeunesse de William WordsworthChapitre 29 sur 57 · CRE · texte numérisé non relu

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Pasteurs agirent ou semblèrent agir en hommes qui ont soif de changer la houlette protectrice de la loi en instrument de meurtre. Ceux qui gouvernaient l'Etat, bien qu’ils eussent devant les yeux la terrible preuve qu’en semant la mort on récolte la mort, Sinon pire, etqu’on ne peut rien récolter de mieux, essayé rent d’imiter comme des enfants (les Terroristes français). ; où bien, trahis par leur timidité, ils quittérent la grande route droite pour une autre si mal choisie qu’on les eût dits possédés du désir de saper la justice et d’anéantir la Liberté (1) ». Non seulement toutes les réformes projetées dès avant 1789 furent remises à plus tard, mais des mesures arbitraires furent prises contre tous les amis de la France et tous les réformateurs. Une vraie panique s’était emparée des gouvernants et de la nation. La croyance dans une conspiration française et jacobine allait se propageant, et transformait en hommes altérés de sang les réformateurs anglais pour la plupart honnêtes et pacifiques (2). La majorité conservatrice les montrait au doigt, leur fermait ses portes, leur refusait tous emplois, ou, s’ils étaient marchands , leur Ôtait sa clientele. Les cafés et les tavernes n'osaient plus s'ouvrir pour leurs réunions. Les juges les condamnaient simplement comme réformateurs, sans chercher d’autres chefs d’accusation. En Ecosse la peine de la déportation était prononcée contre quatre d’entre eux, hommes de mérite et de bonne foi (3), et l’un des juges exprimait le regret que la torture pour crime de sédition fût tombée en désuétude. A la fin de 1794, Pitt obtenait du Parlement la suspension de l’Habeas Corpus. Il faisait aussitôt saisir les papiers de Ja Société correspondante de Londres et traduisait devant les

(1) Prélude, XI, 52.

(2) Voir le jugement de l’ « attorney » John Frost (The English Jacobins, p. 165). Le pilori où doit se placer Frost est démoli par la foule qui met le prisonnier en liberté. Frost, très calme, prend lebras de son ami Horne Tooke et rentre dans sa prison.

(3) D’août 1793 à janvier 1794.

tribunaux Hardy, président de cette société, Horne Tooke et Thelwall. :

La presse était tenue à la plus prudente réserve. Dès la fin de 1792, Paine avait été condamné pour la seconde partie de ses Droits de l’homme (1). Les éditeurs de la Morning Chronicle avaient passé en jugement pour avoir publié le rapport d’une société de réforme. Les « Amis de la Liberté de la Presse » présidés par Erskine avaient été impuissants à faire révoquer l'état de siège. C’est cependant au plus fort des persécutions, en juin 1794, que Wordsworth envoyait à un ami de Londres le prospectus d’une revue mensuelle qui s’appellerait le Phlanthrope et qui serait «républicaine,mais non révolutionnaire (2)». À quelques mois de là, le 7 novembre, ce projet ayant avorté, il demandait au même ami de lui trouver une place dans un journal de lopposition, « car, disait-il, je ne puis à aucun degré prêter aide aux mesures que poursuit le ministère actuel. Il s’est déjà si avant enfoncé dans l’iniquité que, comme Macbeth, il ne peut battre en retraite(3) ». La réponse fut sans doute défavorable. Ne pouvant lutter en prose, Wordsworth essaya de le faire en vers. À un redoublement de sévérités ministérielles vers la fin de 1795 il répondit par des vers satiriques. Il ne devait jamais les publier. C’étaient des imitations de Juvénal qu'il écrivait en collaboration avec un ancien camarade de Cambridge, Wrangham. « Ces spécimens, dit son premier biographe, montrent de la vigueur poétique, combinée avec force äâpreté et rancœur contre les abus de l’époque, les vices

(1) Les chefs d'accusation sont caractéristiques. Paine est reconnu coupable d'avoir nié la légitimité de l'avénement de Guillaume III et de la reine Marie; d’avoir déclaré le Parlement corrompu, et dit qu'une monarchie héréditaire était une tyrannie, Encore ces opinions étaient-elles seulement insinuées par Paine. The whole proceedings on the trial of an information against Thomas Paine, seconde édition, 1793. C’est le rapport officiel du jugement.

(2) Knight, Life of Wordsworth, I, p. 92.

(3) Lettre à Mathews, Knight, Zbid., p. 92.

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des gouvernants et les corruptions distinguées de l’aristocratie (1). » Wordsworth devait renoncer à ce volume de vers apres y avoir travaillé jusqu'au printemps de 1796. C’est dans ce même printemps que Bonaparte adressait aux soldats d'Italie ses fameuses incitations au pillage. Faut-il ne voir là qu'une simple coïncidence ? Sans rendre la France entière et la Révolution responsables du crime d’un seul, Wordsworth semble des lors avoir décidé de se retirer de toute lutte politique active. Il n'essaya plus d'écrire dans les journaux. 11 rompit avec la satire personnelle. D'ailleurs, depuis quelque temps déja, ses rêves de bonheur universel incapables de se satisfaire dans le monde réel et présent, sans asile sûr en France et en Angleterre, s’étaient réfugiés dans le pays libre de la méditation et de la pensée.

(1) Memoirs of W. Wordsworth by Christopher Wordsworth, vol. I, p.95. Ces vers ont ét: récemment retrouvés dans des lettres inédites de Wordsworth. Un fragment en a été publié dans l’Athenœum du 8 décembre 1894, C'est une diatribe contre le Prince Régent, grand amateur de boxe et de courses :

The nation's hope shall show the present time As rich in folly as the past in crime.

Do arts like these a royal mind evince?

Are these the studies that beseem a prince?

Wedged in with blacklegs at a boxers’show, To shout with transport at a knock-down blow — "Mid knots of grooms, the council of his state, To scheme and counter-scheme for purse and plate. Thy ancient honours when shalt thou resume?

Oh shame is this, thy service’ boastful plume — Go, modern Prince! at Henrÿ’s tomb proclaim Thy rival triumphs, thy Newmarket fame, There hang thy trophies — bid the jockey’s vest, The whip, the cap, ands spurs thy fame attest.

Univ. DE Lyon, — LEGouis 17

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