QUO FÈS
Les nuages entassés en masses plus noires se heurtent avec fracas, Le corbeau est allé chercher un repos opportun ;
Cet homme semblait la seule créature de ce désert
Sur laquelle les éléments pussent assouvir leur fureur ;
Sauf l’outarde, timide habitante
De ces régions nues, qui, voyant à la lueur incertaine
Un homme errer par là, poussa un cri lugubre,
Et presque à ras du sol, dans une étrange épouvante,
S'enfuit en refoulant le vent d’un vol gauche et lourd.
Tout, tout était morne jusqu'aux limites de l’horizon ;
L'œil fatigué — qui, dans tous les sens où il s’égare,
N'observe rien que le disque rouge du soleil couchant,
Ou bien sur la terre d’étranges lignes, en des jours anciens
Laissées là par des bras’ gigantesques — découvre enfin
Ce qui semble un vaste château antique ;
Blancs et nus sont ses murs, qui dressent
Leur front sublime; — pour s’y mettre à l'abri
Ils y dirigea, pendant que des flots depluietombaient en fumant detous côtés.
Pile de Stonehenge! si fière d’insinuer et pourtant de garder
Tes secrets, toi qui aimes, debout, à entendre
La plaine résonner balayée par la rafale ;
Habitante éternelle de la nature solitaire!
Même si tu vis l’osier géant dresser en l’air
Pour le sacrifice ses foules d'hommes vivants,
Est-ce que jamais devant toi un malheureux est apparu
Dont le cœur ait gémi d’une peine plus mortelle
Que celui-ci, chassé par la tempête, et cherchant à gagner ton abri?
CO ee ©
Dans cet édifice de forme mystérieuse
Les vents se livraient bataille et chacun d’eux l’emportait tour à tour. Chassé de cet endroit périlleux, il continua d’errer au hasard
Sous l’orage et la pluie, sans lune qui fit ruisseler
D'une déchirure entre les nuages un rayon ami,
Sans un son ami pour guider ses pas :
Une seule fois la faible lueur sinistre de l’éclair
Lui montra la double tête d’un poteau indicateur,
Vision qui disparut aussitôt, mais répandit en lui une lueur de plaisir.
Nulle enseigne ne se balançait en grinçant à l’orme d’une chaumière Pour arrêter ses pas vaincus par la fatigue ;
Tout était noir et vide comme le royaume liquide de l’océan
Quant rugit la tempête sous les ténèbres d’une nuit sans étoile ;
Nul bohémien n’était accroupi devant son feu de genêts ou d’ajoncs; Nul ouvrier ne veillait près de son four rouge et flamboyant ;
Nul flambeau ne luisait faiblement à la fenêtre d’un malade;
Le long de la plaine déserte nulle ligne de morne lumière
Ne ruisselait de la lampe isolée d’un garde-barrière, à travers la nuit.
L'observation exacte des lieux décrits et la faculté de transformer le réel sans le fausser, en projetant dessus la lumière, sombre ici ailleurs joyeuse, des sentiments, ce sont là les deux caractères du génie de Wordsworth qui frappèrent Coleridge et lui firent découvrir ce qu'était la vraie poésie. Lui-même se jugeait dépourvu de ces dons suprêmes. Ce qui lui manquait, ou plutôt ce qui lui avait manqué pendant ses dix ans de séjour à Londres et à Cambridge ; ce qu’il avait perdu trop tôt et retrouvé trop tardivement, c'était la nature. Wordsworth s’est complu à révéler les effets malheureux que cette privation forcée avait eus
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sur l’imagination de son ami. Au lieu de se nourrir comme la sienne de réalités et de spectacles présents, celle de Coleridge, nous dit-il, avait dû fonctionner à vide, n'ayant pour aliment que de vagues visions d'objets éloignés, mal connus, embrumés par la distance ou déformés par le temps. Tandis que Wordsworth promenait ses yeux autour du lac d’'Esthwaite, Coleridge s’étendait sur Le toit de son morne collège au cœur de la Cité « pour regarder les nuages se mouvoir dans le ciel ; ou bien, las de ce plaisir, il fermait les paupières, et grâce à la lumière intérieure revoyait des arbres, des prés et son ruisseau natal(1)». Son esprit « enfermé loin des images vivantes de la Nature, était obligé d’être sa vie à lui-même (2)». « Dans les rêves interminables de la maladie, il joignait et disjoignait tour à tour les choses, sans la lumière de la connaissance. » Il est vrai qu’à vingt ans Coleridge s’était replongé dans la nature, mais trop tard pour avoir amassé ce trésor d’images exactes et d’observations minutieuses que Wordsworth possédait dès l’enfance et auquel il avait ajouté presque chaque jour quelque pièce d’or nouvelle. Sa vue subtile saisissait bien çà et là des nuances délicates dont Wordsworth lui-même eût pu lui envier la découverte; — mais, trop rares pour constituer des tableaux complets, elles ne pouvaient lui servir qu’à donner à des décors fantastiques un élément de vérité indispensable pour en assurer l'effet. Il devait continuer de subir en partie la tyrannie du rêve. L’usage de l’opium qu'il avait contracté dès 1796, sinon plus tôt, favorisait encore sa tendance à l’hallucination. Il y avait du somnambulisme dans sa manière d’errer à travers la campagne. & Il n’était pas, dira Wordsworth, sous l'influence du monde extérieur, mais il avait un don extraordinaire pour évoquer une image ou une série d'images dans son esprit (3) ». Il était
(2) Tbid., 301-302. | (3) Mrs. Daëy's Recollections, 11 jüillet 1844. Prose Works, III, p. 442.
désormais impossible qu'il devint le peintre fidèle de la nature qu'était et que devait rester Wordsworth. Le fantastique se substituait trop aisément autour de lui au réel.
La qualité maîtresse de Wordsworth lui apparut d’autant plus clairement peut-être qu’il en était lui- même plus dépourvu. Il a dit dans ses mémoires ce qui l’avait saisi à la lecture de Crime el Chagrin : « C'était l’union d’un sentiment profond avec une pensée profonde ; le juste équilibre de la vérité qui observe et de la faculté imaginative qui modifie les objets observés ; et, par-dessus tout, le don original de répandre le ton et l’atmosphère, de projeter la hauteur et la profondeur du monde idéal autour de formes, d'incidents et de situations dont la coutume avait pour les yeux ordinaires obscurci tout le lustre, éteint le miroitement et desséché la rosée (1). »
D'un autre côté le Prélude fait sentir la joie avec laquelle Wordsworth vit l’admiration de Goleridge et en apprit la cause :
«O ami! charmé par quelques accords improvisés qui servirent à amuser ce vagabondage (à travers la plaine de Salisbury), tu as dit que là et alors mon esprit avait exercé sur les formes vulgaires des choses présentes, sur le monde véritable de nos jours familiers, une puissance plus haute encore (que celle qui consisterait à évoquer le passé druidique) ; qu’il leur avait pris un ton, une image et un caractère jusqu'alors non reflétés par les livres. Appelons cela un jugement partial —et pourquoi cependant? car nous étions alors comme des étrangers ; et je n’ai pas le droit de parler mal de vers, si informes soient-ils, qui devant ta jeune imagination élevée dans la grande Cité, éclatèrent comme une lumière dans le lointain (2). »
Du premier coup, la manière d’être de leur amitié intellectuelle fut décidée. Coleridge déclara que, des deux, Wordsworth
(1) Biographia literaria, ch. 1v.
(2) Prélude, XII, 352-365.
était le grand poète et il en donna pour raison l'imagination de son ami. Lui-même se mit aussitôt à définir cette imagination (1), et il est facile de se le représenter, avec sa verve éloquente et savante, démontrant à Wordsworth aisément convaincu la présence du Dieu dans son sein. Rien n’est plus curieux que la simplicité avec laquelle Wordsworth accepta la reconnaissance de son génie supérieur. Rien n’est plus admirable que la parfaite abnégation de Coleridge, impatient de désabuser ses propres admirateurs et de les forcer à s’incliner avec lui-même devant le grand homme découvert. Au moment où il connut Wordsworth, Coleridge était resté pour ses amis de collège et d'Université, il était devenu pour son entourage de Bristol, le jeune homme de génie à qui chacun promet une destinée merveilleuse. Son condisciple Charles Lamb voyait dans ses Méditalions religeuses « le plus noble poème de la langue anglaise depuis le Paradis perdu, et encore le Paradis perdu n’avait-il pas servi de véhicule à d’aussi grandes vérités (2) ». Il le suppliait d’écrire une épopée, de faire une œuvre qui l’illustrât à jamais et le rendit «maître du siècle à venir (3) ». Ebloui par Coleridge, le libraire Cottle témoignait de son enthousiasme en lui payant cher ses poésies qui se vendaient mal. Le riche tanneur -fermier de Nether Stowey, Thomas Poole, lui offrait sa maison pour lavoir auprès de lui. Le poète Charles Lloyd, fils d’un banquier opulent, se logeait dans sa chaumière pour jouir de sa société. Thomas Wedgwood, fils de lillustre potier artistique, allait lui assurer un revenu de quatre mille francs pour qu’il pût se consacrer exclusivement à la poésie et à la philosophie. Et combien d’autres alors et depuis fascinés par lui ! Or, comment répondra Coleridge à cet unanime enthousiasme ? En répétant partout trè
(1) Biographia literaria, ch. 1v, (2) Lettre de Lamb à Coleridge, 5 et G janvier 1797. (3) Idem, du 10 janvier 1797.
haut que les éloges qu’on lui prodigue, c’est à Wordsworth qu’ils sont dus. Dès le 13 mai 1796, il parlait de celui-ci au démocrate Thelwall comme «du meilleur poète de la génération». En juin 1797, il écrit à Cottle : «Je parle d’un cœur sincère et, je le crois, d’un esprit non aveuglé, quand je vous dis que je me sens tout petit à côté de Lui. » Un mois après, il écrivait à Southey : «Wordsworth est un très grand homme, le seul auprès duquel en tous moments et dans {ous les modes d'excellence je me sente inférieur, le seul du moins que j’aie encore rencontré (1). » Aux Wedgwood qui doutaient du génie de Wordsworth, il répliquait : «IL est si loin en avance de nous qu’il a Pair d’un nain dans l’éloignement (2) ». Etce n’étaient pas là des cris d’admiration arrachés par la surprise ; son enthousiasme alla croissant pendant plusieurs années et résista aux épreuves de la plus étroite intimité. Quatre ans après la première entrevue, Thomas Poole lui reprochait-il de se prosterner devant Wordsworth, il lui répondait qu’il y avait pour lui une jouissance délicieuse à être le premier qui admirât dignement ce nouveau Milton (3). Il disait à Sir Humphry Davy qu’il aurait mieux aimé avoir écrit la Ruth etla Lucie de Wordsworth qu’un million de poèmes comme Christabel (4). Et il ajoutait, avec une juste conscience de son désintéressement : «Mais pourquoi me calomnier en disant que j'aimerais mieux avoir écrit ces poésies ? Dieu le sait, je jouis tout autant de ce qu’elles ont été écrites. » A Charles Lamb, qui refusait d’admirer sans réserve la seconde édition des Ballades lyriques où toutes les pièces ajoutées étaient de Wordsworth, il envoyait une semonce avec ordre formel de s’incliner, assurant à Lamb «que si les œuvres d’un génie incontestable comme Wordsworth ne lui plaisaient pas à première
(1) Letters of S, T. Coleridge (1895),1I, p. 224.
(2) W. Hazlitt, My first acquaintance with poets.
(3) Lettre de Coleridge à Poole, mars 1800.
(4) Lettre de Coleridge à Sir Humphry Davy, 9 octobre 1800.
COLERIDGE 353 vue, la faute était en lui et non en elles(1) ». A William Godwin, auquel il s’était déja déclaré «indigne de dénouer les cordons des souliers de Wordsworth », il écrivait le 25 mars 1801 : «Si Je meurs et que les libraires vous offrent quelque chose pour raconter ma vie, ne manquez pas de dire: Wordsworth est descendu sur lui comme le Frô% ceavrey du ciel, et en lui montrant ce qu'était la véritable poésie, il lui a fait savoir que lui-même n’était pas un poète ».
De tous côtés, contre tous les incrédules, Coleridge sera prêt à combattre pour la gloire de son ami aux dépens de sa propre gloire. Mais, dès le début, il lui donna de son admiration une preuve plus sûre et plus flatteuse encore que les éloges. I] l’imita sur-le-champ. Il est un passage de Crime et Chagrin où Wordsworth décrit une charrette arrêtée dans l’air âpre du matin, près d’un ruisseau qui coupe la route caillouteuse. « Dedans était couchée une. femme pâle, minée par la maladie... Il n’y avait pas de lit sous le corps amaigri de la femme et cependant, fût-ce pour mourir près de celui qu’elle avait le plus aimé, elle n’aurait pas pu d’elle-même mouvoir ses membres épuisés. » Conduite à l’auberge la plus proche, «elle releva à demi de dessus la paille nue son visage osseux, décharné et mortellement blême; sans demander la compassion, elle fixa sur le groupe un œil terne, plein d’égarement et de stupeur, puis retomba sur sa paille avec un faible gémissement. La femme de l’aubergiste s’écria avec ferveur : Dieu soit loué ! j’ai une maison que je puis appeler mienne, et je ne la laisserai pas périr là, sans soins et seule ». Soins inutiles, car la malheureuse ne retrouve que la force de raconter son histoire et meurt presque aussitôt (2).
Or, Coleridge qui avait fourni une centaine de vers philosophiques à l'épopée de Southey sur Jeanne d'Arc, mystiques
(1) Lettre de Charles Lamb à Thomas Manning, 15 février 1801 (publiée seulement dans l'édition Ainger).
(2) Guilt and Sorrow, st, LX à LxXHI.
Univ, DE Lyon. — Lecouis 23
eflusions dont quelques-unes ont été citées (1), introduisit bizarrement à la suite une scène douloureuse de la vie familière, inspirée par le précédent passage de Crime el Chagrin. I se proposait de publier ces vers à part, sous le titre de Visions de la Pucelle d'Orléans. I s'agissait de montrer comment Jeanne d'Arc avait pris conscience de sa mission. Coleridge lui faisait donc voir un spectacle de tristesse analogue à celui qu'avait décrit Wordsworth. Mue par son ange gardien, Jeanne est sortie seule, avant l’aube d’un matin d'hiver. Au bord de la grande route elle aperçoit une charrette abandonnée. Un des chevaux est mort gelé; les deux autres sont raidis par le froid. Elle appelle. Une voix faible sort de sous la bâche qui couvre la voiture. C’est celle d’un malheureux, aux membres brûlés par le gel, qui rampe péniblement vers elle. Sa femme et ses enfants sont dans la charrette, immobiles, tués par le froid. Jeanne amène à grand’peine la voiture jusqu'à sa demeure, soigne le malheureux survivant, mais le soigne en vain, car il ne tarde pas à rejoindre les siens dans la mort. Il a pu du moins, avant son dernier soupir, raconter son histoire. Le village où il vivait avait été pris par l’ennemi et brûlé. Il s'était sauvé avec les siens sans trouver de refuge contre la nuit glacée. Et c’est alors que Jeanne émue au fond du cœur par cette vue et par ce récit eut la première vision de sa destinée (2).
Puisque Coleridge l’admirait jusqu'a limiter, Wordsworth pouvait-il faire autrement que de s’imiter lui-même ou plutôt de
(1) Publiées par Coleridge à part sous le nom de Destiny of Nations. (2) Destiny of Nations, v. 172-245.
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persévérer dans le genre de poésie qui lui avait valu un tel dis ciple? Assuré de pouvoir transfigurer les plus humbles sujets, il choisit un thème plus simple encore, plus dépouillé d’événements que celui de Crime et Chagrin ; il se mit à écrire la Chaumière ruinée, poème qui forma plus tard le premier livre de l’Æxcursion. Cette histoire, pour être exempte de crime et d'horreur, n’était pas moins poignante que la précédente. C’était encore un tableau des maux obscurs produits par la guerre, d’un bonheur, détruit par elle, d’une des ruines inaperçues dont elle est cause. Enveloppée depuis de réflexions optimistes, cette histoire a perdu — non sans détriment artistique — son unité d'impression désolante (1). Mais elle peut être dégagée de ces excroissances et, à part les retouches de style qu’elle à pu subir, on retrouve aisément l’œuvre premiere, une des plus belles et des plus fortes que Wordsworth ait écrites.
(1) IL suffit de rapprocher la Chaumière ruinée des Borderers que Wordsworth achève dans le même temps, pour sentir que les réflexions optimistes du Colporteur ont été ajoutées après coup. D’ailleurs le ton même de l'histoire est trop sombre pour ces réflexions qui sont faites justement par celui qui la raconte. Nous savons en outre par la note-préface de l’Excursion quelle partie du poème fut écrite d’abord et c’est la plus douloureuse (Excursion, I, v. 871-916). Une preuve très différente peut être donnée. Le 11 mars 1798 Wordsworth écrit qu'il a composé 706 vers du Reclus. Trois jours avant, Coleridge écrivait que Wordsworth avait composé « près de douze cents vers blancs, supérieurs, je n’hésite pas à le reconnaître, à quoi que ce soit qui y ressemble en aucune manière dans notre langue ». Les cinq cents vers qui restent, la soustraction faite, représentent la Chaumière ruinée, sans les réflexions. Pour être sûr que Coleridge avait bien la Chaumière ruinée en vue quand il écrivait ces mots, il suffit de rapprocher de cette lettre sa lettre à Lady Beaumont du 3 avril 1815 : « La Chaumière ruinée que je n’ai jamais hésité à appeler le plus beau poème de notre langue, comparé à tout autre de semblable étendue. »
Quant à la date de composition (donnée par Wordsworth dans sa note-préface de l'Excursion comme étant de 1795-1798) elle est précisée par la lectute du poème faite à Coleridge en juin et à Lamb en juillet 1797. Lamb écrivait en remerciant Wordsworth de l'Excursion : « Le fait que l’histoire de Marguerite (celle du début) est pour moi une très vieille connaissance, remontant aussi loin que notre première rencontre à Stowey, ne me la fait pas trouver moins fraîche à sa réapparition. # (Lettre du 9 août 1814.)
La Chaumière ruinée (1)
C'était l'été, et le soleil avait monté haut dans le ciel... À travers une vasie lande nue je cheminais d’un pas alangui que retardait le sol glissant ; mon bras faible ne pouvait pas disperser la nuée d'insectes qui se rassemblaient autour de mon visage et qui restaient toujours avec moi à mesure que j’avançais.
Sur cette lande découverte se dressait un petit bois : c'était le port souhaité où devait s’âchever ma course. Je l’atteignis, et là, dans l'ombre que versait une famille de grands ormes, m’'apparut une chaumière sans toit ; quatre murs nus qui s’entre-regardaient ! — Jejetailes yeux autourde moi, et selon mon désir et mon espérance j'aperçus l’ami que je cherchais ; c'était un homme d’âge vénérable, mais fort et robuste (un colporteur naguère), dont les voyages n'avaient en rien diminué la vigueur. Il était là, sur le banc de la chaumière, étendu à l’ombre, semblant dormir. Un bâton ferré du bout était posé à côté de lui.
Ses yeux étaient à demi fermés comme dans l’assoupissement, et les ombres des ormes remués par la brise au-dessus de lui tachetaient sa face. Il n'avait pas entendu s’approcher mon pas, et je restai debout près de lui sous l’ombrage quelques minutes sans qu’il me remarquât. Enfin je l’appelai, voyant que son chapeau était mouillé de gouttes d’eau, comme si le bord venait d’être plongé dans une eau courante. Il se leva et avant que nous eussions fini d'exprimer la joie de nous revoir : « C’est, lui disje, une journée brûlante. Mes lèvres sont desséchées par la soif, mais vous, il me semble que vous aveztrouvé où vous rafraîchir. » À ces mots, il me désigna du doigt un églantier, et me dit de franchir la clôture pardessus laquelle l’arbuste élancé regardait le chemin public. C'était un petit jardin redevenu sauvage ; les mauvaises herbes emmêlées y portaient la trace des pieds des passants que les groseillers qui jailissaient en longues branchettes maigres, ou les cassis pendus à leurs tiges sans feuilles, en grappes rares, avaient tentés de franchir le mur ruiné. Je regardai autour de moi et, dans un coin sombre et humide où se rejoignaient deux grandes haies d’aunes aux branches épaisses, j'aperçus un
(1) Excursion, I. Jetraduis sur le texte de la première édition (1814). Les mofidications de texte qu'a subiés dans la suite la parue du premier chant ici traduite sont rares et de peu d'importance.
puits couvert d’un linceul de fleurs de saule et de fougères plumassées. J'étanchai ma soif, et quittant ce lieu morne je retournai aussitôt vers l'ombrage où le vieillard était assis sur le banc de la chaumière, Tandis que j'étais encore debout près de lui, la tête découverte, pour respirer librement et pour rafraichir mes tempes au souffle de l'air, il parla ainsi : « Je vois autour de moi ici des choses que vous ne pouvez pas voir : nous mourons, mon ami, et non pas seuls, mais ce que chaque homme a le plus aimé et prisé dans son coin de terre particulier meurt avec lui ou change ; et très vite, même des bons il ne reste aucun souvenir... Je suis resté debout longtemps là-bas près de la source, et j'ai contemplé ses eaux jusqu’à ce que nous ayons semblé éprouver une même tristesse, elles et moi. Pour elles un lien de fraternité s’est brisé : il fut un temps où chaque jour le toucher d’une main humaine interrompait le sommeil naturel qui les réunit dans un calme de mort, et oùelles subvenaient à des besoins humains. En me penchant pour boire, j'ai aperçu sur la dalle boueuse l'inutile fragment d'un bol de bois, verdi par la mousse des années; objet de pensée qui m’a remué le cœur! me rappelant les jours d'autrefois où je ne pouvais jamais passer sur cette route sans que celle qui vivait dans ces murs vint à mon approche me saluer comme si elle eût été ma fille, — et moi je l’aimais comme ma propre enfant. O monsieur ! les bons meurent les premiers, et ceux dont le cœur est sec comme la poussière de l’été brûlent jusqu’au fer du chandelier. Plus d’un passant a béni la pauvre Marguerite pour son air de bonté, lorsqu'elle lui tendait l’eau fraiche tirée de ce puits abandonné ; et nul ne venait qui ne fût bien reçu, et nul ne s’en allait sans qu’il semblât qu’elle l'aimait. Elle est morte ; la lumière de sa cabane solitaire est éteinte ; la cabane elle-même abandonnée à la ruine, et Marguerite oubliée dans la calme tombe.
Je parle, poursuivit-il, d’une créature dont les vertus fleurissaient sous cet humble toit. C'était une femme d’une nature constante, tendre et profonde en son excès d'amour ; ne parlant pas beaucoup, se complaisant plutôt dans la joie de ses pensées : son caractère semblait avoir été formé avec un soin spécial, comme pour faire un être qui en ajoutant l’amour à la paix vécût sur terre une vie de bonheur. Son compagnon, son mari, ne manquait pas de son côté de l’humble mérite qui satisfaisait le cœur de cette femme : il était frugal, affectueux, sérieux, et en outre ardent au travail. Elle disait avec orgueil qu’il s’asseyait souvent devant son métier, en été, avant que le moissonneur fût dehors, dans l’herbe mouillée de rosée, — au premier printemps, avant que la dernière étoile eût disparu. Ceux qui passaient le soir pouvaient entendre derrière la clôture
du jardin sa bêche active qu'il maniait après son travail quotidien jusqu'à ce que la lumière manquât, et que toutes les feuilles et toutes les fleurs se perdissent dans les haies assombries. Ainsi se passaient leurs jours dans Ja paix et le bien-être; et un beau petit garçon était leur meilleure espérance, après le Dieu du ciel.
Iln'y a pas vingt ans, mais vous, c’est à peine si vous pouvez vous souvenir de cela, survinrent deux saisons funestes où les champs ne portèrent qu’une demi-moisson. Il plut au ciel d’y ajouter une pire affiction dans le fléau de la guerre; ce pays heureux fut frappé au cœur! Voyageant alors parmi les chaumières et portant sur mon dos un ballot de vêtements d'hiver, je vis les maux de cette époque : beaucoup de riches descendirent, comme dans un rêve, parmi les pauvres ; et des pauvres beaucoup cessèrent d'exister et leur demeure ne les connut plus. Cependant, privée en partie de son bien-être de chaque jour, supportant gaiment des privations nombreuses, Marguerite continua de lutter pendant ces années de calamité, avec l’espoir au cœur, jusqu’au second automne, où le fidèle compagnon de sa vie fut cloué au lit par la maladie, atteint d’une fièvre dangereuse. Il traina longtemps ainsi, et quand les forces lui revinrent il s’aperçut que le peu mis en réserve pour une heure d'accident ou pour la vieillesse impotente était tout dépensé. Ils avaient maintenant deux enfants, l’un nouveau-né. C'était, comme je l’ai dit, un temps de misère. Des bandes d’artisans renvoyés de leur travail quotidien s'en allaient à la dérive implorer leur pain de la charité publique, eux, leurs femmes et leurs enfants ; — bien plus heureux s’ils avaient pu vivre comme les petits oiseaux qui picotent le long des haies, ou comme le milan qui fait sa demeure sur les rochers de la montagne !
C'était un triste revers pour celui qui longtemps avait rempli d’abondance et possédé en paix cette chaumière solitaire. Il se tenait à la porte et sifflait maint et maint joyeux refrain sur des airs rien moins que joyeux ; ou bien avec son couteau il sculptait des formes bizarres sur des têtes de cannes, — puis, non moins oisivement, il cherchait au hasard dans tous les coins de la maison ou du jardin quelque travail d'utilité ou d'ornement ; avec une ingéniosité étrange, amusante et pourtant mala-" dive, il mélait ensemble, où il le pouvait, les tâches diverses de l'été, de l'automne, de l’hiver et du printemps. Mais cela ne dura pas. Bientôt sa bonne humeur devint un poids où il n’y avait plus de plaisir et la pauvreté lui donna un caractère capricieux et chagrin : il languissait de jour en jour, et souvent quittait son ouvrage, — et tournait sans besoin ses pas vers la ville ; ou bien il errait çà et là dans la campagne. Tantôt
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il parlait de ses enfants avec détachement et d’une langue cruelle ; d’autres fois il les faisait sauter avec une joie fausse et forcée ; et c'était navrant de voir l'air de ces pauvres petits innocents, € Chaque sourire, m'a dit Marguerite, ici même sous ces arbres, faisait saigner mon cœur. »
Alors qu'il en allait ainsi chez ceux pour qui cette chaumière jusqu’à ces malheureuses années avait été un foyer béni, le hasard de ma profession me fit voyager dans un pays éloigné ; et lorsque je fis halte près de la barrière qui, là-bas, ferme le petit chemin vert, je fus tout heureux de revoir ces grands ormes. Je ne me reposai pas longtemps; plus d’une pensée souriante me tint compagnie comme je traversais ce communal, Ayant atteint la porte, je frappai, et quand j'entrai, avec l'espoir de l'accueil accoutumé, Marguerite me regarda quelque temps ; puis elle détourna la tête sans parler, — et, s’asseyant sur une chaise, pleura amèrement. Je ne savais que faire ni que lui dire. Pauvre créature! enfin, elle se leva de son siège, et alors — 6 monsieur! je ne puis pas raconter l'accent dont elle prononça mon nom — avec une affection fervente et un air de douleur inexprimable et un regard d’impuissance qui semblait se cramponner à moi, elle me demanda si j'avais vu son mari, À mesure qu'elle parlait, il me venait au cœur une surprise et une peur étranges, et je n’eus pas la force de lui répondre avant qu’elle m'eût dit qu’il avait disparu — il n’y avait pas deux mois. Il avait quitté sa maison : deux misérables jours s'étaient écoulés, et le troisième, en soulevant tristement la tête de dessus l’oreiller pour voir, comme font les affligés, si le jour était revenu, elle avait aperçu sur la croisée de sa chambre un papier plié, placé là comme pour frapper ses yeux au réveil. Elle l’ouvrit en tremblant — n'y trouva rien d’écrit, mais y vit des pièces de monnaie soigneusement enveloppées, de l’argent et de l'or. « Je frissonnai à cette vue, me dit Marguerite, car je savais que c'était sa main qui avait dû placer là ce papier ; et, avant la fin de ce jour, de ce long jour anxieux, j'appris d’un homme envoyé par mon mari avec la triste nouvelle, qu’il avait rejoint une troupe de soldats partant pour un pays éloigné. Voilà comment il m'a laissée — il n’a pas eu le cœur de me dire adieu, car il avait peur de me voir le suivre avec mes enfants et succomber aux misères de cette vie errante. »
Marguerite me fit ce récit avec beaucoup de larmes et, quand elle eut fini, je n’avais guère la force de lui donner des consolations et je fus bien aise d’entendre sortir de sa propre bouche quelques mots d’espoir
qui servirent à nous réconforter l’un et l’autre. Mais nous n'avions pas causé longtemps que nous nous miîmés à bâtir des pensées meilleures, et d'un œil plus brillant elle regarda autour d'elle comme si elle eût versé des larmes de joie. — C'était au moment du premier printemps; je la laissai occupée à jardiner, et je me rappelle bien qu’elle regarda pardessus la clôture et que, pendant que je suivais le petit sentier, elle m’appela et envoya une bénédiction après moi, avec une joie attendrie, et d'une voix qui semblait le son même des pensées heureuses.
Je voyageai par bien des collines et bien des vallées avec mon fardeau accoutumé, par la chaleur et par le froid, à travers bien des bois et bien des champs découverts, au soleil et à l’ombre, à la pluie et au beau temps, le cœur triste ou gai, selon les heures ; mes meilleurs compagnons étant tantôt les vents qui me poussaient, et tantôt les ruisseaux trotteurs et les arbres murmurants, et tantôt la musique de mes pas lourds, avec mainte pensée éphémère qui passait entre deux et disparaissait.
Je revins par ici vers le déclin de l’été, quand les blés étaient jeunes et quand l'herbe molle, poussant une seconde fois, avait répandu sur le champ fauché sa tendre verdure. Arrivé à sa porte je m’aperçus qu’elle était absente. Sous l’ombrage où nous sommes maintenant assis, j'attendis son retour. Sa chaumière, alors si gaie à voir, avait son aspect coutumier, — seulement le chèvrefeuille enroulé autour de la porte semblait pendre en touffes plus lourdes ; et cette mauvaise herbe brillante, l’orpin jaune, laissée libre de prendre racine sur le bord de la fenêtre y poussait à profusion, aveuglant les vitres du bas. Je m’éloignai de là pour faire le tour de son jardin. 1] paraissait trainer en arrière de la saison, et il avait perdu l’orgueil de sa belle tenue. Des bordures faites de marguerites et de statices resplendissantes, les fleurs s’échappaient au hasard et empiétaient sur les allées dont elles avaient été l’ornement ; les œillets, jadis admirés pour leur beauté sans égale et non moins pour la peine qu'ils avaient coûtée, penchaient leur tête languissante faute de support. Le liseron encombrant avait enlacé de ses guirlandes et de ses clochettes les deux petites rangées de pois et les entrainait vers la terre.
Une heure se passa ainsi. Je revins devant la chaumière d'un pas inquiet, et comme je marchais de long en large devant la porte, un passant, devinant qui je cherchais, me dit qu'elle avait coutume d’errer au loin. Le soleil baissait vers l’ouest, et je m'assis encore dans une triste impatience. Dans la maison son petit enfant laissé seul criait fort; puis, comme un coup de vent qui meurt apaisé de lui-même, ses cris se turent, Je me levai du banc, mais rien ne put distraire ni calmer mes pensées.
Le lieu quoique beau était très désolé, — plus j'y restais, plus il me semblait désolé. Et, regardant autour de moi, j'observai pour la première fois les pierres d'angle, de chaque côté de la porte, colorées de taches d'un rouge terne et où étaient collées des touffes de poils laineux, comme si les moutons qui paissaient sur les communaux venaient là familièrement et avaient pris l'habitude de se coucher juste contre le seuil. Des ombres plus profondes tombaient des grands ormes ; l'horloge de la chaumière sonna huit heures; — je me retournai, et je la vis à quelques pas de moi. Sa face était pâle et maigrie ; tout son corps avait changé. En ouvrant la porte, elle dit : « Je suis affligée que vous ayez attendu si longtemps ici. Mais, à dire vrai, je suis beaucoup sortie ces derniers temps ; et quelquefois — je le dis à ma honte — j'ai besoin de mes meilleures prières pour me ramener. » Pendant qu’elle posait sur la table notre repas du soir, elle me raconta — sans interrompre cette besogne qui donnait une occupation à ses mains machinales — qu’elle s'était séparée de l’ainé de ses enfants, qu’elle lui avait trouvé un apprentissage avantageux chez un bon maitre dans une ferme éloignée. — «Je m'aperçois que vous m'examinez et j’en vois bien la cause. Aujourd’hui je suis allée loin; et bien des jours j’erre par les champs, sachant ceci seulement que ce que je cherche je ne puis pas le trouver; et voilà comment je perds mon temps : car je suis bien changée, je me suis fait, ditelle, beaucoup de mal à moi-même et à ce pauvre petit. J’ai dormi en pleurant et en pleurant je me suis réveillée ; mes larmes ont coulé comme simon corps n’était pas pareil à celui des autres et comme si je ne pouvais jamais mourir. Mais je suis maintenant d’esprit et de cœur plus calme, et j'espère, dit-elle, que le Ciel me donnera la patience d’endurer les choses que je vois chez nous. »
Cela vous aurait affligé jusqu’au fond de l’âme de la voir : ses paupières étaient toujours baïissées, ses yeux fixés à terre; et, tout en me donnant à manger à sa table, elle ne me regardait pas. Sa voix était basse, son corps abattu. Dans tous les actes qui touchaient au ménage, apparais-sait la ealme indifférence d'un esprit pensif et replié sur lui-même, pour lequel toutes les choses extérieures sont comme vides de sens. Elle ne cessait pas de soupirer, et cependant on ne voyait nul mouvement de la poitrine, nul gonflement du cœur. Pendant qu’auprès du feu nous étions assis ensemble, des soupirs arrivaient à mon oreille, je ne savais pas comment, et à peine savais-je d’où ils venaient,
Avant de partir je donnai à ses soins pour l’usage de son fils quelques
souvenirs d'affection qu’elle recut d’un air de bon accueil; et je l’exhortai à placer sa confiance dans l’amour du bon Dieu et à chercher assistance dans la prière. Je pris mon bâton et quand je baisai son bébé, elle avait les larmes aux yeux. Je la quittai alors avec le meilleur espoir et la meilleure consolation que je pusse lui donner; elle me remercia de mes souhaits; — mais mon espérance, elle ne sembla pas m'en remercier.
Je revins et ma tournée me ramena le long de cette route lorsque sur ses bords ensoleillés la primevère commençait à poindre, donnant le premier acompte du printemps. Je la trouvai triste et languissante : elle n'avait pas recu de nouvelles de son mari; s'il vivait, elle ne savait pas qu'il vivait; s’il était mort, elle ne savait pas qu'il était mort, Elle semblait la même de tournure et d'apparence, mais sa maison trahissait la main endormie de la négligence; l’aire n’était ni sèche ni propre; l’âtre était sans joie; au lieu de son petit lot de livres qui jusque-là avaient été empilés contre les vitres du coin, dans l’embrasure de la fenêtre, avec un ordre décent, je voyais maintenant des feuilles éparses, des volumes semés çà et là, ouverts ou fermés, comme le hasard les avait fait tomber, Le petit enfant avait pris de sa mère le tic de la douleur, et soupirait parmi ses jouets. Cette fois encore j’allai vers la barrière du jardin; là, je vis plus clairement.encore que la pauvreté et le chagrin s'étaient maintenant approchés plus près d’elle. Le sol durci était défiguré par les mauvaises plantes et par des touffes d’herbe fanée : on n’y voyait aucun billon de terreau noir et luisant, aucune verdure d'hiver; des plantes et des fleurs, il semblait que la meilleure partie eût disparu rongée, ou enfoncée en terre par les piétinements ; un lien de paille qui avait été enlacé autour de la tige frêle d’un jeune pommier gisait au pied de l'arbre; l'écorce avait été mordillée tout autour par les moutons vagabonds. — Marguerite se tenait debout auprès, son enfant dans les bras, et voyant mes yeux fixés sur l'arbre elle dit : « J'ai peur qu’il ne soit mort avant que Robert ne revienne. » Lorsque nous fûmes rentrés ensemble dans la maison, elle me demanda si j'avais quelque espoir : — n’était son bébé et son petit garçon orphelin, dit-elle, elle ne désirait pas vivre; sans eux elle mourrait de chagrin, Pourtant je vis le métier oisif de son mari toujours à sa place ; ses habits du dimanche restaient pendus au même clou; son bâton même, non dérangé, était debout derrière la porte.
Et lorsque dans les froids de décembre je revins la voir, elle me dit que son petit enfant était mort, et qu'elle était restée seule, A présent, déchargée de ses soins maternels, elle avait pris un métier commun dans ce pays pauvre, et elle gagnait à filer du chanvre ce qu'il lui fallait pour