‹ La Jeunesse de William WordsworthChapitre 49 sur 57 · FRS · texte numérisé non relu

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Cependant l’origine précise et la nature exacte du défaut de Wordsworth, est-ce bien dans la reproduction trop servile de la langue commune qu’il faut les chercher ? D’autres poètes après lui calqueront avec plus de fidélité le langage simple et même jusqu’au patois des gens de la campagne, jusqu’à leurs pañticularités de prononciation, sans verser jamais dans le prosaïsme (1). À vraidire, entre la nature et Wordsworth un modèle dangereux s’est interposé, celui de la poésie populaire. Luimême a déclaré que la poésie anglaise « devait sa rédemption » au recueil de vieilles ballades publié par Percy en 1765. « Je ne pense pas, a-t-il dit, qu'il y ait à présent un poète de quelque valeur qui ne soit fier de reconnaître sa dette envers ces Reliques. Je sais que c’est le cas de mes amis, et pour moi je saisis avec bonheur cette occasion de publier ma gratitude (2).» Or, parmi les poèmes du célèbre recueil, il en est un qui a hanté l'esprit dé Wordsworth entre tous et qui offre le patron exact du style que le poète a voulu employer dans ses propres ballades. C’est l’histoire si populaire des £'nfants perdus dans le bois (3), de ces orphelins confiés par leurs parents agonisants à la tutelle d’un oncle qui les fait mettre à mort pour s'emparer de leurs biens. Ici, pas une fleur de style jetée sur la touchante histoire. La moitié des stances est l’énonciation toute nue des faits :

poète y fait dire à une villageoise dont le fils, après s’être embarqué, n'a pas reparu depuis sept ans:

Perhaps some dungeon hears thee groan, Maimed, mangled by inhuman men; Or thou, upon a desert thrown Inheritest the lion’s den; Or hast been summoned to the deep, Thou, thou and all thy mates, to keep An incommunicable sleep. (The affliction of Margaret, 1804.) (1) Voir Tennyson, The grand mother, The Northern Farmer, etc. (2) Essay supplementary to the Preface.

(3) The Children in the wood, Percy, VII, 19.

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Le père laissa à son petit-fils, Comme il apparaît clairement,

Pour le jour où il atteindrait l’âge d'homme Trois cents livres de rente ;

Et à sa petite fille Jeanne Cinq cents louis d’or, A lui payer le jour de son mariage; Et la disposition était formelle.

Mais si les enfants venaient à mourir Avant d'atteindre leur majorité, Leur oncle entrerait en possession de leur fortune : Ainsi portait le testament.

Si les sentiments ont à s'exprimer, ils le font dans le langage le plus dépouillé. Sans doute l'émotion est là sensible, encore que le rythme soit peut-être insuffisant pour élever cette émotion d’un degré au-dessus de celle que provoquerait en prose le même récit :

« Mon frère, dit le mourant, Veillez sur mes chers enfants ; Soyez bon pour mon petit garçon et ma petite fille; Ils n’ont pas d'autre ami ici-bas.

À Dieu et à vous je recommande Mes chers enfants aujourd’hui :

Soyez sûr qu'il nous reste bien peu de temps A demeurer dans ce monde.

Il faut que vous leur serviez de père et de mère Et d'oncle tout ensemble;

Dieu sait ce qu’ils deviendront Quand je serai mort et parti. »

Ensuite parla leur mère chérie :

&« O mon bon frère, dit-elle,

Vous êtes l'homme qui doit conduire nos petits À la prospérité ou à la misère.

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