ACTE I, TABLEAU I
à l’amitié de son digne cousin... Quq Dieu vous garde! car nous ne nous reverrons plus; nos relations seraient un danger pour vous... Il n’est pas jusqu’au nom de Saint-Evremond que je ne veuille effacer ; désormais je ne serai que le vicomte de Blavigny tout court... Adieu! vous entendrez bientôt parler de moi! Adieu I {Lui prenant la main.) Dans quelque position où je me trouve, mon cousin, je n'oublierai jamais ce que vous venez de faire pour moi, non jamais ! {Il sort avec précipitation.)
SCENS VZ.
JULES, seul, après quelques instants de silence.
La pauvreté! l’abandon! {Regardant la lettre qu’il tient.) Marthe ! vous, du moins, vous me resteriez... A quoi vais-je pen- .«;er!... Les paroles de cet homme ont jeté le trouble dans mon âme... Marthe! que les vôtres me les fassent oublier. {Il lit.) « Le motif pour lequel je prends la plume est celui-ci ; Il s’est fait un petit changement dans notre existence. Nous demeurons bien toujours, ma tante et moi, place du Marché du Temple, au coin de la rue de la Petite-Corderie, dans la maison que vous connaissez; mais pour le moment, nous n’habitons plus notre petit logement au numéro A. En voici la raison ; Une voisine qui occupe le rez-de-chaussée, où elle fait le commerce de vieux habits, vient^de tomber dangereusement malade, et comme d’une part elle est mal logée, et que, de l’autre, son fils, ouvrier bijoutier, ne rentre, ainsi que moi, que le soir après son travail, ma tante a eu l’idée de lui céder nos deux chambres, qui sont bien aérées, et elle s’est offerte h garder la boutique pendant tout le temps de sa maladie. C’est donc là où vous me retrouverez quand vous reviendrez de cette campagne où vous n’êtes pas seul. Non, vous n’y êtes pas seul, car j’y suis avec vous; mes doigts ne savent plus ce qu’ils font à l’atelier. Au lieu de faire des fleurs, je me promène avec vous du matin au soir... Que ce doit être beau, ô mon Dieu! la campagne!... Je ne l’ai jamais vue, le croirez-vous?... Jules, vous ne pouvez pas me l’apporter; mais, je vous en prie, faites-moi un petit bouquet, tout petit , mais vous-même; un petit bouquet composé de fleurs des champs, et vous me l’apporterez à Paris... Portez-le sur vous un jour entier, et je le garderai toute ma vie. »