ACTE II, TABLEAU II
MARTHE
Madame avait dit qu’elle allait donner son adresse?...
M“* DE SAINTE-HILDEGONDE
Oui... la voilà...
GRANDCHAMP
Madame la marquise me permettra-t-elle de la reconduire jusqu’à sa voiture?
DE SAiNT-HiLDEGONDE, üVBc empressement.
Comment donc ? j’allais vous en prier.
REBOUSSIN.
L’équipage de Son Altesse... Tiens ! c’est un milord !
GRANDCHAMP, du dehors.
Cocher ! rue du Helder, n° 8.
REBOUSSIN.
Vous reviendrez nous voir, Majesté? Rue delà petite Corderie, madame veuve llebuussin. {Il disparaît un instant.)
MARTHE, REBOUSSIN.
MARTHE, Usant le papier que lui a remis madame de Sainte-HiU
degonde.
« Rue du Helder, n® 8. Apportez cela vous-même, et dès ce soir : il faut que je vous parle. » Que signifie ? Je ne connais pas cette dame. Elle m’a déjà protégée... quel danger me menacerait donc ? Cet homme me fait peur !
REBOUSSIN, revenant.
En voilà une recette !
MARTHE
Vous viendrez avec moi, monsieur Reboussin.
REBOUSSIN.
Où ça?
MARTHE
Porter ces guipures.
REBOUSSIN.
Volontiers. Quand ?
MARTHE
Mais... ce soir... tout de suite.
REBOUSSIN.
Tout de suite ! Ah ! je vais vous dire... nous ne fermons la boutique qu’à neuf heures, vous savez?
MARTHE, à elle-même.
C’est singulier... j’espérais... M. Jules no revient pas de la campagne...
3k LA JEUNESSE DORÉE.
RfiBOUSsm, apercevant quelqu’tm à la porte de la boutique.
Voilà, not! bourgeois, carrick noisette pour soirées... gilet de flanelle... Tiens, c’est M. Jules!...
scèm: vi.
Lbs Mêmes, JULES.
REBOlJSSm.
Monsieur Jules! et moi qui vous offrais... je vous avais pris pour une pratique.*. A cette heure-ci il en vient souvent... parce qu’on est moins vu.
MARTHE
Vous êtes resté bien longtemps absent, savez-vous ?
JULES, agité.
Oui... et c’est à grand peine que j’ai pu revenir ce soir... d’aussi bonne heure... Une invitation... un dîner.
REBOUSSiN , allant vers la porte.
Voilà, monsieur, un joli coachmann... Venez donc nous voir. {Il se tient en dehors.)
MARTHE
Vous avez Tair bien préoccupé I
JULES
Marthe , répondez-moi : vous êtes jeune , jolie ; vous ôtes ouvrière, vous rentrez seule, vous rentrez tard... il le faut... votre travail vous y oblige... Cela n’est pas sans danger à Paris. Il est des gens pour qui une jeune fille ainsi isolée est censée appartenir a la voie publique.
MARTHE
Pourquoi me dites- vous cela , mon ami?
AhI c’est que si quelqu’un s’avisait jamais de vous suivre, de TOUS parler, de vous insulter...
MARTHE
Eh bien !
JULES
Je le tuerais 1
MARTHE , avec effroi.
Jules ! une querelle pour moi !
JULES
Répondez! Quelqu’un jamais...
MARTHE
Quelqu’un... personne... mais non... mais je ne sais ce que vous voulez dire , monsieur Jules...
JULES, à part.
Les paroles de Grandcbamp, le rendez-vous qu’il m’a donné au coin de cette rue ? Après tout, ne peut-il être question d’une