‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 28 sur 100 · ACTE II, TABLEAU II · texte numérisé non relu

ACTE II, TABLEAU II

autre que Marthe? {Haut.) Pardon : il aurait pu se faire... En effet , je n’ai rien vu : j’ai cherché des yeux.

MARTHR.

Vous avez cherché ? Quoi donc ?

JULES

Rien... J’étais fou. [En souriant.) Et je me le reproche vraiment, car je crois que je vous ai effrayée?

MARTHE. ■*

Mais beaucoup... Mauvaise tête... Moi qui étais si contente de vous voir 1... Et mon bouquet, y avez-vous pensé?

JULES

Le voici 1

MARTHE

Donnez! {Le regardant.) Elles sont fanées... Tant mieux... c’est que vous les avez portées. Oui, je travaille , monsieur, je vais k l’atelier ; cela a des inconvénients ; mais ne me le reprochez pas , vous. Grâce à mon état, je peux vivre dans mon coin, sans ambition, sans désir, avec mon amour pour vous. L’amour, c’est la richesse, Jules : c’est mieux que cela , c’est le courage, c’est le bonheur. Je n’ai pas cette vouure qui passe, je me dis souvent, mais j’aime Jules, qui m’aime bien aussi. Je n’ai pas le temps de dormir une heure de plus le matin; j’ai froid... je voudrais rester au lit... mais je me dis : Allons! levons-nous! J’aime 1 et cela me donne de la force.

JULES

Chère Marthe !

REBOUSsiN , rentrant des habits.

Il est neuf heures, mademoislle Marthe : je vais rentrer l’étalage , et puis j’irai vous accompagner.

JULES

Vous accompagner? où donc î

C’est que je vais être forcé de sortir...

JULES

Vous î

MARTHE

Oui... une livraison k faire ce soir... des paquets à porter.,, monsieur Reboussin vient avec moi , ainsi...

JULES

Si tard...

MARTHE

Oh 1 nous prendrons une voiture.

REBOUSSIN , qui rentre toujours les effets.

Bien''sûr. Fiez-vous-en k moi. Nous n’allons pas aller à pied

rue du Helder. [A im monsieur, le chevalier Paul, qui vient d’entrer.) Voilà! bourgeois! que vous faut-il? Monsieur désire troquer son chapeau contre un moins neuf? changer son habit... c’est facile ! (£n disant cela, il lui enlève son chapeau et son habit.) Donnez-vous donc la peine d’entrer dans ce cabinet, vous y serez plus à l’aise. [Lé chevalier, en manches de chemise, salue d’un air confus et entre vivement dans le cabinet de gauche avec Beboussin.)

MARTHE

Je voudrais bien vous retrouver en haut , près de ma tante , quand je reviendrai... Oh ! ce ne sera pas long.

JULES

Je resterai, Marthe.

MARTHE

C’est que... ma tante est singulière, vous le savez?... Elle a quelquefois des idées bien terribles et qu’on ne peut pas lui ôter... Je crains qu’elle ne vous parle d’une fantaisie qui lui est venue... Elle va peut-être vous demander...

JULES

Je vous promets de penser à vous et de ne pas faire attention à ce qu’elle me dira.

MARTHE

C’est cel{i, n’y faites pas attention. (Elle va prendre son chapeau et le paquet de gxiipures.) Oh! maintenant, je m’en vais bien contente. Vous me prendrez Ih-haut, monsieur Reboussin; ne soyez pas trop long. [A Jules.) Venez, monsieur.

UEBOUSSiN sort du cabinet avec l'habit, le pantalon, le gilet, la cravate , la chemise du monsieur et ses bottes à la main.

LE chevalier PAUL, dans le cabinet.

Dépêchez-vous ! jo n’ai pas chaud comme ça !

REBOUSSIN , regardant Us effets qu'il porte.

Le fait est qu’il ne lui reste pas grand’ chose. (Haut.) Eh ! vous ne vous enrhumerez pas, nous sommes en été. [Allant à la porte du fond.) Ça va être fait dans cinq minutes, mamzelle.

SCENK VXX.

REBOUSSIN , LE CHEVALIER PAUL, puis BLAVIGNY.

. REBOUSSIN.

Jout ça, mon cher monsieur, c’est une affaire de soixante francs... tout au plus, parce que c’est vous.

LE CliAVALlER PAUL.

Vous ne me connaissez pas.

. REBOUSSIN.

C’est vrai!.... mais ça se dit. [Blavigny entre précipitamment, son chapeau rabattu sur les yeux. Reboussin allant à lui.) Qu’esl-ce qu’il y a , not’ bourgeois ? quelque chose à vous

Page 1