SCÈNE XX
Les MftMES, BLAVIGNY.
JULES, allant virement à lui.
Pas un mot d»»vant celte jeune fille. [A Marthe, après un temps.) Marthe, allez retrouver votre tante. Je vous reverrai. MARTHE, lui prenant la main avec attendrissement. Là-haut , mon ami, si nous ne devons plus nous revoir ici. Vous ne m’attendrez pas longtemps. {Elle sort.)
JULES
Déjà de retour?
BLAVIGNT.
Oui, je suis accouru. -
JULES
Eh bien
BLAVIGNY.
Le banquier Deslandes vient de suspendre sos payements aujourd’hui môme.
JULES
Qui VOUS l’a dit?
BLAVIGNY.
Qui ? Grandchamp, en me rendant ce titre que je lui apportais de voti e part : le voici.
JULES
Deslandes a suspendu ses payements!
BLAVIGNY.
Ce contretemps, je vous l’avouf^ m’a mis dans une fausse position en fac-> de Grandchamp; vous comprenez, je vais chez cet homme, j’épouse votre querelle, je le provoque , je lui dis : demain, à six heures ! tout est convenu, et quand je lui remets ce titre qui vous dégage, ce titre est un chiffon sans valeur, il me le rend avec un sourire... j’ai balbutié; et, pour la première fois de ma vie, j’ai battu en retraite. Jules, il n’y a pas un instant à perdre. 11 faut dégager votre parole.
JULES
Deslandes I Deslandes 1 Oh I que faire ?
Payer, parbleu I payer sans retard. Mon cousin, j« dois tout
LA. JEUNESSE DOREh^
vous dire : déjà, à propos de ce mandat dérisoire que vous lui avez envoyé, Grandchamp s’est permis les railleries les plus piquantes.
JULES. I
Devant vous !
BLAVI6NY.
Devant le comte de Brennes. D y dînait ; c’est chez le comte que je l’ai trouvé ; et là, publiquement... Je ne vous cache pas que cela a produit une certaine sensation... et que madame de Morval, et que la comtesse de Brennes se regardaient avec une surprise...
JULES
Oh ! raillé! insulté devant eux!
BLAVIGNV.
No perdons pas de temps, mon cousin : acquittez-vous.
JULES
Mais comment? par quel moyen à présent? Oh! la fortune que j’ai eue I tout ce que j’ai ici, tout ce qui me reste pour ces dix mille francs.
BLAVIGNV.
Quoi 1 ne pouvez-vous vous les procurer d’ici h demain?
JULES
A qui les demander? où les trouver? Et si Grandchamp envoyait aujourd’hui? si l’on venait ici de sa part T
BLAVIGNV.
Mais votre fortune ?
JULES
Ah I tout ce que je possédais était chez Deslandfs. 11 ne me rosie plus rien ailleurs. Oh 1 la honte I la honte. [Il tombe dans un fauteuil.)
BLAVIGNV.
Mon cousin, je ne vous ferai pas de phrases inutiles... vous m’avez généreusement obligé^dans ma misère, et je suis à même d’apprécier en ce moment combien votre action a été noble et grande. Si j’étais riche, vous seriez déjà quitte envers M. de Grandchamp ; mais la fortune que je poursuis, je ne la tiens pas encore : jol’aurai. En attendant, voici ce que je vous dis:Que vous puissiez ou non vous acquitter ce soir, le présent est sombre et l’avenir inquiétant pour vous. Cependant, quand on se nomme Saint-Evremond, que l’on a vingt-trois ans, votre esprit, votre figure, on peut encore conjurer la mauvaise destinée. Le monde est peuplé de grandes dames riches, très-riches, qui ne cherchent que l’occasion de faire le bonheur de jeunes gens beaux, bien tournes et déshérités comme vous ; prolilcz-cn et n’invoquez