SCENE IV
BLAVIGNY, JULES.
JULES
C’est la comtesse!... La comtesse... et j’ai accepté I Ah I Blavigny , vous icil Je vous avais prié de passer chez mon banquier ?
BLAVIGNY.
Et je l’ai fait, mon cousin. En toute autre circonstance j’aurais pu trouver étrange que vous n’allassiez pas vous-raôme vous informer de votre situation; mais, après ceriaine visite mystérieuse , reçue par vous hier au soir, je comprends que la reconnaissance l’ait emporté sur le soin de vos intérêts.
JULES
Que voulez-vous dire?
BLAVIGNY.
Q ue vous aviez hâte de remercier madame de Morval, h qû vous devez...
JULES
Taisez-vous, monsieur ! Et si ce n’était pas à madame de Morval ?...
BLAVIGNY, vivement.
Vous dites ?
JULES
Si, trompé dans mes conjectures , comme vous l’avez été dans les vôtres, j’avais depuis acquis la preuve de mon erreur ?
BLAVIGNY.
Alors... alors je serais disposé h vous en féliciter, mon cousin; car le général comte de Brennes est bien autrement puissant que le baron.
JULES
Je n’ai pas nommé...
■BLAVI6NT.
Or, VOUS avez besoin de protecteurs, mon cousin : il ne vous reste rien.
JULES
Cest une faillite que vous avez à m'annoncer?
BLAVIGNV.
Franche, avérée, complète.
JULES, après vn instant de silence.
Eh bien I monsieur, je lutterai , je travaillerai, j’embrasserai uue carrière.
BLAVIGNT.
Voulez-vous me dire laquelle, mon cousin ? Pour être avocat, il faut être docteur en droit ; pour être médecin , il faut un diplôme ; pour être officier, des services. Avez-vous de la fortune peur acheter une charge de notaire, d’avoué, d’agent de change, de courtier, d’huissier ? On n’improvise pas un peintre, un sculpteur, un architecte, un compositeur, un écrivain. Non, c’est au prix de veilles sans nombre , d’études incessantes que l’on apprend k se servir d’un pinceau, d’un ciseau, d’une plume. C’est par de rudes travaux que l’on acquiert le droit de plaider, de guérir ou de tuer. Vous embrasserez une carrière ? En voilà vingt : choisissez donc !
JULES
Mon cousin, vous n’avez pas résolu de me désespérer ?
BLAVIGNT.
Non; mais je détruirai une à une toutes vos illusions , afln que vous marchiez dans la seule voie qui vous est ouverte.
JULES
Trouver toutes les routes fermées devant soi 1 n’êire propre à rien ! Tout attendre de la faveur, de la protection, de la pitié... à vingt ans ! O ma mère ! que n’avez-vous plus sainement jugé notre société ! Pourquoi ne m’avez-vous pas place de bonne heure dans les ornières de ces voies professionnelles qui mènent à l’indépendance et au repos ! Oh ! un état ! un étal ! c’est un mot dans la langue que chacun parle ; c’est une note sur l'échelle harmonique de la société... Un état, un métier... c’est plus que la fortune... c’est la liberté !
BLAVIGNT.
Oui, mon cousin; mais que voulez-vous? vous n’avez pas d’état et vous ne savez pas de métier. Une autre espérance , une moins douteuse ressource vous restent... Et combien peu, dans leur détre.'se, ont eu votre chance, mon cousin! Quand je me suis trouvé au fond du gouffre que mes prodigalités avaient creusé sous mes pieds, personne n’est venu à mon aide. La