ACTE III, TABLEAU V
qui n’ôtes pas de grandes dames, vous prenez dans votre rang celui qui vous plaît, que vous aimez et qui vous aime. Ah ! nous sommes très-heureuses !
MARTHE, à pari.
Les larmes inondent son visage. [Haul.) Madame!...
LA COMTESSE
Et si nous passons furtivement la main dans un anneau de notre lourde chaîne, pour presser dans l’ombre une main amie, oh! alors... surprises, devinées seulement dans notre affection, nous sommes diffamées, nous sommes perdues , nous sommes punies par l’opinion, qui nous dénonce de toutes ses voix aux railleries de la foule; punies par la justice, qui nous jette d’autant plus bas, que nous sommes plus élevées, afin que nous servions d’exemple... Et, pour comble de bonheur, nous autres grandes dames qui sommes si heureuses, quand nous nous engageons dans un de ces amours si périlleux, si terribles, une fille obscure se lève, s’avance et vient, la colère et l’indignation à la bouche, nous dire, en s’installant dans notre cœur qu’elle déchire : Non, ce n’est pas vous qui êtes aimée : c’est moi! Oh ! ces grandes dames sont bien heureuses!.,. C’est vous que monsieur de Sainl-Evremond aime le mieux, c’est vous seule qu’il aime, dites-vous? eh bien! arrachez-le donc à la position fatale où il se trouve.
MARTHE
Quelque malheur lui serait arrivé?
LA COMTESSE
Il est ruiné.
MARTHE
Ruiné ! et vous vouliez, madame, que je ne l’aitpasse plusl
LA COMTESSE
Mais votre amour lui rendra-t-il la fortune qu’il a perdue, sa position compromise? le sauverez-vous de la misère?
MARTHE
La misère 1... Ah ! si j’étais riche !...
LA COMTESTK.
Obscur, pauvre, malheureux, est-ce là ce que vous voulez î vous le pouvez, faites.
MARTHE
Oh! vous me tuez!
LA COM i ESSE.
Mais encore une fois, qu’avez- vous, que pouvez-vous pour lui?
MARTHE
Rien ! lieiil... .To n’ai que mon amour, madame. • .
^EUI<iESSE DOREE.