‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 79 sur 100 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Les Mêmes, LE COMTE, sortant du pavillon.

LE comte.

Pas encore, monsieur !

LA COMTESSE, à part.

Mon mari! il a tout entendu!

LE COMTE, descendant avec calme entre Jules et la Comtesse.

Déshonoré! c’est vous qui m’avez déshonoré! Eh bien! je ne veux pas l’être! car je représente la France ; je ne m’appartiens pas. Madame, vous et moi faisons partie d’un monde où le ridicule tue bien plus sûrement que les boulets et les balles. Je ne SUIS pas fait b cette guerre là. D’ailleurs, ici, je suis rainbassadeur et non le mari outragé. Pas de bruit, pas de scandale ; je 1e

veux. Nous continuerons à vivre ensemble ; vous gouvernerez ma maison comme auparavant... quand j’irai dans le monde, vous serez à mon bras.

LA COMTKSSE.

‘A votre bras!

LÈ COMTE

Ce soir, dans votre plus riche toilette, vous m’accompagnerez à la soirée de l’ambassade d’Autriche. Je veux que nous donnions des bals, des soirées et des fêtes à éclipser celles de l’ambassadeur d’Angleterre., vous serez la reine de ces fêtes.

LA COMTESSE

Mais, monsieur, ce que vous voulez Ih, dans l’état de mon âme, c’est impossible... Cette joie perpétuelle et menteuse quand la honte et le remords m’inonderaient le cœur... cela me ren-, drail folle... Ah ! je compiends' c’est le genre de mort que vous m’avez choisi. {Elle tombe assise à gauche.)

LE COMTE, ouvrant ses tablettes et les présentant à Jules.

Monsieur de Saint-Evremond, teuillez écrire votrë nom au bas de ce feuillet blanc.

JULES

Mais, monsieur...

LE COMTE

Je vous en prie !

JULES

Monsieur le comte, j’ai signé aveuglément au bas de cette page parce que ma vie depuis un quart d'heure est entièrement a votre disposition; mais m’apprendrez-vous...

LE COMTE

Nous battre tous les deux, ici , ce serait proclamer bien haut ce que je m’efforce, vous le voyez bien , de taire et de cacher. Dans trois ou quatre mois, quand mou rappel h Paris aura eu lieu, il {faraîtra dans un journal un article contre moi, sur ma conduite pendant mon ambassade. On y lira quej'ai trahi les intérêts de la France, que j’ai compromis sa dignité, son honneur; enfin, un article jinfâme. Cet article aura été écrit sur ce feuillet, cet article, monsieur de Saiut-Evreiuond, sera signé par vous.

JULES

Mais, monsieur... '

LE COMTE

• J’irai vous en demander raison ; un duel à mort s’ensuivra... Ainsi, que je meure ou que je survive, personne ne connaîtra le véritable motif de la satisfaction armée que je tirerai de vous.

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