SCENE X
Marthe, puis REBOUSSIN. > ,,4u lever du rideau, Marthe est . assise près de la table ; elle achève de plier une lettre à la dernière lueur d'une chandelle placée auprès d’elle dans un bougeoir en cuivre.)
HARjHB, écrivant la suscription.
A l’anlbassade de France, k Constantinople, {jévec un soupir.) C’est la dixième lettre que je lui écris depuis un ani Toutes sont restées sans réponse 1 Celle-ci sera la dernière. {On frappe doucement à la porte.) Entrez!
REBOUSSIN.
C’est moi! Vous étiez k l’ouvrage, marazelle Marthe?
MARTHE
X Oui, je travaillais.
REBOUSSIN.
Sans feu, au mois de décembre? Diantre ! vous n’êtes pas frileuse! On est plus commodément que ça k l’atelier; il est vrai que quand une fois on l’a quitté, on ny rentre pas comme on veut.
MARTHE, vivement.
Qu’est-ce qui vous amène, monsieur Reboussin ?
REBOUSSIN.
Moi, rieh.„ Ahl si fait!... En passant rue Saint-Piette-au-
Lard... ce n’est pas mon chemin pour aller h l’afeüer, vous savez; mais c’est égal, j’y passe par h;>bitLide, depuis que vous y demeurez; en passant donc, je me suis souvenu d’une commission pour vous. Voilà pourquoi je suis morilé. H est vrai que je monte tous les jours... Ça ne vous fâche pas que je vienne, mamzelle Marthe? parce que, si ça vous fâchait... comme ce n’est pas pour votre laniequc je viens... A propos, elle se porte bien, votre tante? où est-elle?
MARTHE
Dans sa chambre.
REBoussm, revenant.
Pauvre chère femme!. . en voilà une qui vous aime! A-t-olle été insupportable hier au soir, avec ses vers et sa rotncdie! Vous finirez par la jouer, voyez-vous, mamzelle Marthe.
MARTHE
Jamais !
REBOUSSm.
Ahl il vous est donc venu des commandes?
MARTHE
Non.
REBOUSSIN.
Eh ben! alors, comment ferez-vous pour refuser votre tante? que lui répondrez-vous quand elle vous dira , comme hier : « Mamzelle Marthe, vous n’avez même plus pour vivre vos pauvres semaines de l’atelier; vous ne gagnez rien; tous vos effets sont en gage. S’il vous plaît de mourir à l’hôpital, libre à vous, mais je n’y prêterai pas davantage les mainsj » Vous vous déciderez à suivre la carrière qui a fait la fortune de vos sœurs, ou bien...
MARTHE
Par grâce, monsieur Reboussin, ne me rappelez pas... Vous ne voulez pas que je devienne folio?
REBOUSSIN.
Dam! que lui répondrez-vous? 11 y aurait peut être bien un moyen de sortir de là.
MARTHE
Un moyen?
REBOUSSIN.
Ce serait... ce serait de vous marier.
Moi? jamais!... [Elle va s'asseoir près de la croisée.)
REBOUSSIN.
Môme si c’était avec un jeune homme ayant un état et qui serait à la veille de s’établir, coinnie me voilà par exemple?... Je