ACTE V, TABLEAU VIII. IW
LB BARON
Voire disgrâce, général, elle est une tache pour le ministère.
LE ciNÉRAL.
Ah! je me suis fait des ennemis, baron. Avez-vous là le journal du soir, messieurs? [Mouvement de Jules et de Blavigny.)
BLAVIGNY, bas à Jules.
Le journal 1 Je ne m’étais pas trompé, n’est-ce pas? (5as.) Jules, sur le terrain, vous vous défendrez?
LE GÉNÉRAL
Le journal n’est donc pas encore arrivé ?
BLAVIGNY.
Jules!... vous vous défendrez... dites-le-moi 1
LE CHEVALIER, à part.
L’agilation de Blavigny me fait trembler !
LE GÉNÉRAL
Pas arrivé encore?... c’est singulier. A cette heure, ordinairement...
SAiNviLLE, à part.
Toujours son journal; pardieu, je vais le lui chercher pour qu’il nous laisse tranquilles. [Il disparaît.)
blavigny.
Un mot, Jules... un mot... Rien! [Il porte la main à lapocht de son gilet.)
LE CHEVALIER
Le café, messieurs, le café! [Des domestiques apportent des plateaux. Tout le monde se groupe. Le général cause avec MorvtU.)
LE CHEVALIER, bas à Blavigny.
Vous me faites frémii’, vicomte !
BLAVIGNY, bas.
Occupez-vous de vos convives.
LE CHEVALIER
OÙ est donc ce cher Sainville, messieurs? Nous aurait-il quittés déjà? Baron, ah! de grâce!... abandonnez donc un moment la politique et les affaires : on vous offie du café! [Les domestiques circulent avec des plateaux, remplissant au fur et à mesure les tasses qu’ils présentent. Blavigny, masqué par un groupe, est resté un instant à la table. On l'a vu verser du poison dans une tasse.)
LE CHEVALIER
Des liqueurs, monsieur de Bo.iuregard, du rhum, messieurs. BLAVIGNY, présentant au Général une tasse au moment où un domestique s'approche du Comte avec un plateau.
Général, vous n’êtes pas servi.
LK CHEVALIER
Mais où est donc monsieur de Sainville?
BLAVicNY, affectant la gaîté.
Il sera parti, et c’est vous, baron, qui en êtes cause.
LE BARON
Moi?
BLAVICNY.
Oui: monsieur de Sainville prétend que jusqu’à la fm du second service vous n’avez cessé d’être taciturne... Il est vrai qu’il était gris dès le premier, [On rit.)
SAINVILLE, rentrant.
Voilà le journal du général.
LE GÉNÉRAL, qu% vient de boire, vivement à Sainville.
Donnez.
JULES, arrachant le journal des mains de Sainville.
A moi, monsieur.
Hein? on se l’arrache à présent !
LE GÉNÉRAL, SB Contenant et après un silence.
Monsieur de Saint-Evremond, réfléchissez à ce que vous venez de faire, réfléchissez-y bi< n. J’avais demandé celte feuille dont vous venez de vous emparer brusquement... inso... Je la demande encore... donnez-la-moi, je vous prie.
JULES, bas à Blavigny qui est auprès de lui.
Blavigny, que l’on nous laisse seuls, je vous en conjure.
LE GÉNÉRAL , apercevant le mouvement de Blavigny et des autres.
Restez, messieurs; j’ignore ce que contient ce journal, et pour quel motif monsieur de Saint-Evremond prétend me le cacher. Il en a un, sans doute, que... je ne devine pas; mais j’insiste pour avoir celte feuille, et devant vous, messieurs, je le prie encore de ne pas me contraindre à la lui arracher des mains.
BLAVIGNY, se jetant au-devant du Comte.
Général ! [Jules , sans répondre, tend le journal au Général; celui-ci le parcourt.)
LE GÉNÉRAL
Pardon do m'ètio laissé emporter.., je vous remercie, monsieur... Ilien ! [Jules fait signe à Blavigny de s’éloigner; tout le monde se relire au fond. Les portes se ferment.) Rien ! quand on s’éiait engagé... Rien! quand aujourd'hui même cette lettre envoyée...
JULES, tombant d genoux.
Oh ! pardonnez-moi de n’avoir pas eu le courage de mourir infâme!