ACTE V, TABLEAU VIII
LE GÉNÉRAL
Celte lettre, monsieur, cette lettre?
JULES
C'était mon déshonneur aussi, à moi, mon déshonneur public, la honte de mon nom, l’opprobre de ma mémoire.
LE GÉNÉRAL
Cette lettre ?
JULES
Elle n’exisie plus, monsieur; elle était signée de moi, je l’ai réclamée, je l’ai eue. Mourir en calomniant I non ! c’était plus que je ne vous devais .. c’était trop.
LE GÉNÉRAL
11 m'échapperait?
JULES
Oh! à vos pieds... Tenez... h vos pieds... écoutez-raoi, monsieur... j’ai trompé votre vengeance... mais elle était cruelle.
LE GÉNÉRAL
Vous me l’avez volée, monsieur !... Et à présent 1 oh 1 à présent!...
JULES, sanglottant.
Mais je vous donne ma vie, ma vie que je ne défendrai pas... n’est- ce point assez?
LE GÉNÉRAL, allant au fond; les portes s'ouvrent.
Messieurs, messieurs, venez tous... Get homme veut m’échapper... il a cru briser dans ma main l’arme avec laquelle je pouvais le frapper. Cet homme espère rester impuni. Il a calculé que je reculerais encore aujourd’hui devant la honte d’un scandale public. J’accepte tout, le scandale et la honte; j’accepterais l’infamie, si je ne pouvais qu’à ce prix satisfaire la soif de vengeance qui me brûle. Ici l’ambassadeur a disparu, l’homme a repris ses droits. C’est au nom de ses droits qu’il vous parle et qu’il faut que vous lui répondiez I Vous me donnez votre vie, défendez-la, monsieur, défendez-la l Je ne veux pas la ramasser à vos pieds comme une aumône; mais la reiiverstr, l’éctaser comme un obstacle. Je suis soldat, je veux la lutte ; je ne comprends pas la victoire, moi, même avec vous, monsieur, sans la générosité du danger. Votre vie, qu’elle se lève devant moi et qu’elle tombe ensuite par terre pour s’y briser... si... Dieu l’a... l’a... décidé. Ainsi... {Il balbutie et chancelle.)
JULES
Ah ! monsieur 1 monsieur 1
LE GÉNÉRAL, Combattant la douleur qu’il semble éprouver.
Sur le terrain, monsieur ! Cet homme m’a attaqué dans mes aifectious, il m’a ravi l’honneur, il s’est introduit chez moi
SAINVILLE
LB BARON
SAINVILLE
110 LA .JEUNESSE DOKEE.
comme un larron... Cet homme... je veux... je dois... iUauf... (Il s’arrête tout à coup, reste un moment debout et immobile, pms tombe entre Us bras de Morval et d’autres personnes.)
TOUS
Grand Dieu!
Un évanouissement !
Un coup de sang.
D faut faire appeler.
LE BARON
Sans mouvement... sans respiration...
SAINVJLLE.
Évanoui l
LE BARON
Mort.
IULES
Mort ! [Il regarde tour à tour le Général et /ilavigny. — • Moment de stupeur et de stiarwe-) >.
LE BARON
Une Ün si subite, si imprévue 1
IULES, avec désespoir.
Ah ! c’est le résultat d’un crime l
TOUS
D’un crime?
BLAVIGNT, bas.
Jules...
LE BARON, se plaçant devant la porte.
Que personne ne sorte, messieurs 1
EDtlSME TABLItD.