SCENE II
Les Mêmes, ISIDORE.
ISIDORE
Est-ce que vous m’avez appelé, patron?
REBOUSSIN.
n y a une heure, animal !
ISIDORE
Tiens 1 je ne vous ai pas entendu. J’étais pourtant en face.
REBOUSSIN.
En face !
ISIDORE
Sur le quai aux Fleurs. Permettez-moi, patron, à l’occasion de votre mariage k la municipalité, de vous offrir^ ce bouquet de trois francs acheté à crédit sur mes économies.
REBOUSSIN.
C’est bon; tu aurais pu rester moins longtemps dehors.
ISIDORE
Ah! c’est que je m^amusais... j’ai un peu causé... 11 parait
qu’il y a une fameuse affaire au palais, ça dure depuis deux jours...
REBOUSSm.
Ça m’est bien égal. Vous permettez, maman Catelin? [A Isidore sur le devant de la scène.) As-tu fait ce que je t’ai dit?
ISIDORE
Oui, patron... C'est un assassinat commis il y a six ou sept mois... dans un restaurant... sur la personne d’un actionnaire général.
REBOUSSIN.
A-t-on mis le petit écrin en état ?
ISIDORE
Oui, patron... Ils sont trois accusés, un jeune et...
RKBOUSSIN.
L’as-tu rapporté?
ISIDORE
Oui, patron. (Il le donne à Reboussin.) Ça ne sera pas encore fini aujourd’hui, à ce qu’on pense. J’irai.
REBOUSSIN.
J’espère, maman Catelin, que vous consentirez à vous parer de ce petit cadeau pour aller à la mairie ?
M“* CATELIN.
Des boucles d’oreilles moyen âge! Ah ! monsieur Reboussin, une attention aussi délicate 1... Vous faites les choses royalement!... C’est trop beau pour moi; je suis sûre que ça vous revient au moins à quatre-vingts francs.
REBOUSSIN.
Ça n’a de prix que par le travail, etje vais vous dire... Je fais ciseler ça dans les prisons, c’est moins coûteux de maind’œuvre.
ISIDORE
Oui. C’est moi qui vais retirer les objets des mains de ces gueux-lè. Ça fait que je connais pas mal de coquins. Tiens ! ce sont les boucles d’oreilles du jeune homme de la Roquette.
REBOUSSIN.
Qnel jeune homme ?
ISIDORE
Un commençant, mais qui va très-bien. Ce n’est pas mal travaillé, hein? Ce jeune homme, vous savez bien, je vous l’ai dit dans le temps, qui voulait vous voir à toute force , qui me demandait toujours votre adresse.
REBOUSSIN.
J’espère bien que tu ne l’as pas donnée ? . . , .
ACTEî V, TABLEA^I IX. U3
ISIDORE
Ma foi, jo ne m’en souviens plus... (On sonne aù magasin.) On y va. {Il descend au moment où Marthe vient d'entrer.) ,
CXTBLIN.
Son adresse à des gens comme ça, c’est fort dangereux! ;