‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 96 sur 100 · HARTH*É · texte numérisé non relu

HARTH*É

Qui, madame?

LA COMTESSE

Monsieur de Sainti-Evremond. • > • <

, MARTVIE.

Monsieur de SaintrÉvremoiid?

LA COMTESSE

C’est VOUS seule qui pouvez l’arracher à la mort.

MARTHE

A la mort! .

LA COMTESSE

, Une horrible! une ténébreuse affaire !... Monsieur de Spint- ÉvremcMid est accusé de complicité avec un monsieur de Blavigny d’avoir tué mon mari, le général comté de Brennes. On le juge en ce moment.

Lui... grand Dieu!... un pai-eil crime !... Pourquoi raurait-il commis?

ACÏE V, TABLEAtI IX.

LA COHTBSSB.

n l’aurait commis... Marthe, couvrez de votre innocence la honte de ces explications... il l’aurait commis pour s’approprier en les partageant avec moi tous les biens du général.

MARTHE

Ohl les infâmes 1 , les infâmes ! ils ne connaissent donc pas monsieur de Saint-Évremond, la pureté de son cœur, son fier désintéressement? Lui, tuer pour s’enrichir 1.., Lui, commettre un crime pour.. < Oh t non, ils ne tous connaissent pas, mon Jules! Mais j’oublie qu’il a été aimé par vous, qu’il l’est encore sans doute... que la mort du comte vous faisait libre I Madame, regardez-moi... Est-ce que vous vouliez l’épouser?

LA COHTBSSB.

Ah 1 la honte de l’aveu m’est épargnée. Voilà ce qu’a supposé la justice en l’arrêtant.' Et vous aussi, Marthe 1 Si sa mère était devant vous, pâle, suppliante à ves pieds, auriez-vous une pareille pensée? Eh bien, je n’ai plus pour lui que le cœur déchiré et saignant d’une mère. Au nom de sa mère, Marthe, au nom de votre amour pour lui, sauvez-le ! hâtez-vous, sauvez- le!

MARXHB.

Et comment, madame, quand vous même ne le pouvez pas?

LA COHTBSSB.

Moi... moi... je l’ai perdu ! La justice ne croit Jules coupable que parce qu’elle croit aussi qu’il m’a aimée. Tout est là, mais elle n’a aucune preuve de cet amour, de cette liaison. 11 n’existe 'pas de lettre... 11 n’y a rien qui témoigne... Elle n’a enfin que des présomptions, mais ces présomptions, si elles ne sont pas détruites, deviendront des preuves... et alors... La preuve contraire, l’attestation formelle d’un autre amour chez Jules, la certitude, enfin, dans l’esprit des juges, que monsieur de Saint- Évremond au moment où le crime a été commis, aimait une autre l’emmoque moi, était aimé d’une autre femme que moi, vivait depuis longtemps dans l’intimité de quelqu’un... Ce fait affirmé, attesté devant les juges, le sauverait infailliblement.,. Marthe, cette femme, c’est vous...

UARTHB.

Moi, madame!

LA COMTESSE

11 n’y a que vous.

MARTHE

Moi passer pour sa maîtresse !

LA comtesse.

Le procureur général l’a déjà condamné dans son réquisitoire.

MARTHE

Déclarer cela en plein tribunal!

lljS

LA COMTESSE

Aimez-vous mieux qu’il meure?

MARTHE

Sa maîtresse !

LA COMTESSE

L’audience a été suspendue hier à minuit ; elle sera reprise à dix heures ce matin, et il est neuf heures et demie !

MARTHE

Mais, madame, je suis une honnête fille, ma réputation est mon seul bien sur terre... et vous voulez que j’aille dire... Oh I non, vous ne le voulez pas !

LA COMTESSE

Je veux le sauver, le voulez-vous?

MARTHE

Ah! mon Dieu !

LA COMTESSE

Dans dix jours, avant dix jours peut-être, il y aura un échafaud dressé.

Madame, n’achevez pas.Ce que vous demandez est impossible !

LA COMTESSE

Marthe I... tout ce que j’ai... un million, prenez-le, un million pour un mensonge, un mensonge pour la vie de Jules !

MARTHE

Non, madame, car je n’ai pas que mon seul honneur à sauver, j’ai celui d’un autre qui m’est aussi sacré, plus sacré que le mien.

LA COMTESSE

L’honneur d’un autre?

MARTHE

Celui de mon mari !

LA COMTESSE

Vous ôtes mariée?

MARTRE

Je le serai dans une heure.

LA COMTESSE

Allons ! il est perdu ! Pauvre jeune homme... voilà ! c’est la grande dame qui donne tout ce qu’elle possède pour le sauver, et c’est la jeune fille, qui m’appelait ainsi avec mépris, qui le laisse assassiner.

MARTHE

Ohl madame, je mourrai aussi de sa mort, mais pure, mais sans tache... Songez-y 1 puis-je aller dire' h l’homme qui a eu pitié (le riiüii délaissement, qui m’a consolée, qui n»’a empêchée

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