‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 12 sur 96 · DEJEAN · texte numérisé non relu

DEJEAN

Benjamin-Barthélémy Dejean appartenait à une famille militaire d'où sont sortis trois généraux. Né à Paris, le 19 juillet i8o4, il était fils du général comte Dejean, ancien aide de camp de l'Empereur, qui, après avoir été proscrit pendant lesGent- Jours, succéda comme pair de France à son père qui avait rempli, de 1802 à 1809, les fonctions de ministre de la guerre, et sous la Restauration celle* de directeur général des subsistances.

Nommé préfet de TAude le 19 août i83o, à Tâge de vingt-six ans, Barthélémy Dejean qui avait fait preuve de courage et de fermeté dans ce poste de combat, fut envoyé au même titre à Clermont (Puyde-Dôme), au mois d'août 1882, sur les instances de son père, lequel avait demandé pour lui plusieurs préfectures voisines de Paris, notamment celle de la Somme d'où il était originaire.

Jusqu'en 1886 il semble avoir administré son département sans trop de difficultés ; mais il suffit d'un grain de sable pour détraquer une machine. Dejean trouva son grain de sable dans

sous LOUIS-PHILIPPE 7I

un incident que j'aurais voulu tirer au clair, mais sur lequel il n'y a malheureusement dans son dossier aux Archives nationales que des pièces insuffisantes. Il en résulte cependant qu'à un moment donné il eut à se plaindre des agissements du receveur général des finances qui était M. de Barante (i), et qu'après avoir obtenu du ministre de Tlntérieur et du ministre des Finances que ce fonctionnaire serait éloigné de Clermont pendant une durée de six mois, on lui manqua de parole.

Voici une lettre de M. de Barante qui met les choses au point, sans toutefois nous éclairer sur ses torts envers l'Administration préfectorale. Elle est adressée au comte de Montalivet, ministre de l'Intérieur.

Paris, le ii juillet i836.

(( Monsieur le Comte,

« M. Cariol, député du Puy-de-Dôme, me prie de

faire remettre cette lettre à Votre Excellence, elle

vous instruira d'une dernière démarche que je n'ai

pas craint de faire près de M. Dejean, pour lui

(i) Anselme de Barante, ne en 1786, était le frère puîné de l'auteur des Ducs de Bourgogne. Officiers de dragon à Eylau, il y reçut deux coups de sabre et sept coups de lance. Obligé par suite de quitter le service à cause de ses blessures, il fut nommé, en 1809, auditeur au Conseil d'Etat et sous préfet de Luxembourg. —Inspecteur général des forêts de la Couronne, de 181 5 à i83o, liquidateur de la liste civile (i83o-i832), il fut de i833 à i844, receveur général de la Lozère, puis du Puy-de-Dôme. Il avait épousé en 181 3 Marie-Léopoldine de Eryas. Il mourut en 1870 [Noie de M. le baron Prosper de Barante.)

faire agréer mon désir très sincère de conciliation et même ma soumission ; je le prie de ne pas regarder la décision rendue en ma faveur comme un triomphe sur lui ; c'est une nécessité impérieuse que six mois d'une lutte, toute d'un côté, ont amenée par le renversement d'un crédit très étendu, et par le malheur d'une immense responsabilité pesant sur moi, tandis que j'étais oblig^é d'abandonner la gestion de plus de dix millions. Je proteste que j'aurais voulu pouvoir me soumettre à ses nouvelles exigeances et que ce motif si puissant m'en a seul détourné, enfin je le prie de m'accorder une entrevue, à mon arrivée, dans laquelle je m'empresserai de le convaincre de mon sincère désir de voir rétablir entre nous Tharmonie parfaite qui a existé les deux premières années de nos relations.

« J'ose espérer, monsieur le Comte, que vous verrez par là mon ardent désir d'apaiser M. Dejean et peut-être serai-je assez heureux pour y réussir.

(( Agréez, Monsieur le Comte, l'assurance du respect, avec lequel je suis

(( De Votre Excellence, « Le très humble et très obéisant serviteur

Page 1