‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 33 sur 96 · I3Ô LA JEUNESSE DORÉE · texte numérisé non relu

I3Ô LA JEUNESSE DORÉE

primant les maisons de jeu on eût supprimé le jeu à Paris. Les joueurs de profession, ceux qui joueraient dans Teau, se rabattirent sur les échecs ou les courses de chevaux. Le champ de courses de Chantilly ne fut jamais plus florissant que vers i84o, et le Jockey-Club qui était déjà le rendezvous de la fashion parisienne fut assiégé par les joueurs d'échecs (i). Alfred de Musset qui n'avait pu en forcer la porte, nous apprend qu'il allait jouer rue Ménars. Plus tard, ce fut au café de la Régence. Il était devenu d'une telle force aux échecs qu'il avait beaucoup de peine à la fin à trouver un partenaire. Mais il ne se consola jamais de son échec au Jockey-Club, car en ce temps-là si le café de Paris était l'établissement préféré des lions exotiques, du major Frazer, de Belgiojoso et de lord Seymour, les véritables lions du boulevard, les lions pur sang-, qui se faisaient friser chez Michalon et qui portaient l'habit à la française de Bœhmer ou d'Herbault, n'étaient consacrés aux yeux de leurs pairs que lorsqu'ils étaient reçus membres du Jockey-Club. C'est là que se nouaient, entre le cigare et un verre de Champagne, toutes les intri-

(i) Le jeu des échecs remonte à Ja plus haute antiquité. Les Romains, chez qui il était fort en usaçe, l'avaient surnommé le Jeu des voleurs. Il était encore très répandu à Rome au xvi» siècle, comme le prouvent ces vers tires de la Vieille courtisane de Joachim du Bellay :

Bref je sçavois toute chose un peu,

Et n'estois pas ignorante du jeu

Fust aux cschets, ou fu'ît à la première

Où je n'estois de perdre coutumicre.

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gues de coulisse, et que se fabriquaient tous les bons mots qui couraient les théâtres et les salons. On y discourait à la fois sur Thonneur d'un homme et Padresse d'un jockey, sur la vertu d'une femme et sur la race d'un cheval ; on y défaisait en une minute les réoutations les mieux établies, et la reine Pomaré ou la Présidente y occupaient plus les esprits que les comtesses et les marquises du noble faubourg.

Il n'en va plus de même aujourd'hui. Le Jockey- Glub s'est amélioré avec la race chevaline.

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