QUINZIÈME LETTRE
à Ulric Guttinguer.
8 décembre [i838].
Je vous envoie ces deux fameuses pag-es de Voltaire (Da mal dans Vanimal appelé Homme). Lisez-les et dites-moi ce que vous en pensez. Je vous recommande aussi le National d'hier, dans lequel vous trouverez un extrait du livre de Lamennais. Heureusement que ce Livre du peuple, car c'est là son titre, n'est pas le moins du monde à sa portée. Ceux même qui savent lire n'y comprendront rien. Toutes ces rêveries de nos hommes de g-énie ne peuvent encore de long-temps descendre jusqu'aux gens du peuple. J'ai vu Feray. Il m'a bien dit que son beau- frère ne vous avait pas oublié pour le mois de janvier. Le ministre reçoit tous les jeudis. Voudrez-vous jeudi prochain passer une partie de la journée avec nous ? Gela serait bien bon et bien aimable. Je vous rendrais votre politesse la semaine suivante. J'ai hâte de faire connaissance avec votre roman, les charmants vers que vous en avez détachés m'ont mis l'eau à la bouche. Est-il par lettres? Quand sera-t-il fini? La donnée me séduit beaucoup. Arvers vient de trouver un
sous LOUIS-PHILIPPE I 29
délicieux sujet de pièce. A l'heure où je vous écris il est déjà à l'œuvre. Il m'a consacré sa journée. Je l'ai fait trouver avec mon notaire et mon avoué pour éclaircir quelques points difficiles.
C'est que l'animal dresse et dépouille un inventaire comme il tourne un couplet. C'est un précieux ami quand il veut s'en donner la peine.
Musset est redevenu invisible. On ne le voit que dans les g"randes joies ou dans les g-randes douleurs. Ce n'est pas l'homme de la conversation intime et du 'coin du feu (i).
Adieu, bien cher, et tout à vous de cœur.
ALF. T