ERNEST FERAY
Plus d'un sera surpris d'apprendre que le Feray de cette lettre fut le grave personnage qui, ayant été élu en 187 1, comme maire d'Essonnes, à TAssemblée nationale, fonda en arrivant à Bordeaux, avec un certain nombre de députés appartenant à l'industrie, le groupe parlementaire connu sous le nom de groupe Feray, et devint, après la chute de M. Thiers, président du centre gauche.
Son père qui était fabricant de toiles de Jouy,
(i) Alfred de Musset ferraillait en ce moment de la plume avec J. Janin, à propos de Rachcl. Se souvenir de la lettre qu'il écrivait le 10 décembre à Aimée d'Alton pour la rassurer sur les conséquences de cette polémique : « Il ne s'agit pas, ma chère blanche, de renverser le gouvernement, mais de dire à un drôle son nom de baptême.» (Lettres d'amour à Aimée d'Alton, p. i84).
l30 LA JEUNE6SIC DOREE
avait eu de son mariag^e avec la fille d'Obcrkampf ( i ) deux fils (Ernest et Henri) et une fille.
Ernest qui était né à Paris le 24 mai i8o4, entra à dix-neuf ans à l'Ecole polytechnique et donna sa démission de lieutenant d'artillerie, arme dans laquelle il était sorti, pour se consacrer aux affaires. Après avoir fait la fêle avec ses camarades de la rue Grange-Batelière, il établit à Essonnes, près Gorbeil, une filature, une fonderie et des ateliers de construction qui acquirent avec le temps une importance considérable et furent une source de richesse pour le pays.
La fille épousa M. de Salvandy qui fut ministre de rinstruction publique sous le rè^ne de Louis- Philippe. Ainsi se trouve expliquée cette phrase de la lettre de Taitct à Gutling^uer : « J'ai vu Feray. Il m'a bien dit que son beau-frère ne vous avait pas oublié pour le mois de janvier. » On sait que
(i) J'ai trouvé dans les papiers de Gutting^uer la lettre suivante que lui adressait le 39 janvier i84o ^1°^*^ Feray, née Oberkampf :
« Je vous dois des excuses. Monsieur, pour ne vous avoir pas remercié plus tôt de l'aimable et oblig'eant souvenir que vous avez bien voulu m'adresser ainsi qu'à JM"»» de Salvandy. Pendant bien des années j'ai été souvent dans le voisinage de ces belles et célèbres ruines de Jumièçes, j'avais toujours eu le désir de les visiter, sans que jamais la chose ait pu s'arranger. Vous ajoutez à mes regrets. Monsieur ; M^^s de Salvandy vous offre ainsi que moi, Monsieur, l'expression de sa reconnaissance. — C'est de la campagne que nous vous l'adressons ; après un lon^i^et pénible voyae:e, nous avons trouvé un grand plaisir à nous reposer aux champs. Mon lils Henri, après avoir passé quelque temps avec nous, vient de repartir pour son régiment, emportant le désir d'aller faire honneur en Afrique aux épaulettes de capitaine qu'on vient de lui donner. — Recevez, Monsieur, mes compliments empressés, — J. Oberkampf Feray. » (Lettre inédite.)
sous LOUIS-PHILIPPE
M. de Salvandy se plaisait à décorer les gens de lettres de talent. Après avoir fleuri la boutonnière d'Alfred de Musset, ilfleurit également celle de Guttinguer (i) qui Ten remercia par une belle ode et ne cessa de lui marquer sa reconnaissance. Je possède une lettre d'Ulric à M. de Salvandy, eu date du 2 mars 1889, dans laquelle il Tinvite à venir passer Télé au Chalet avec son beau-frère. « Ce me sera une douce joie, lui disait-il, de vous recevoir tous les deux. » Mais le ministère Mole dont faisait partie M. de Salvandy fut renversé quelques jours après, et les soucis que lui causa cette chute l'empêchèrent d'accepter cette invitation. Il ne repritle portefeuille de l'Instruction qu'en i845, après avoir rempli les fonctions d'ambassadeur à Madrid et à Turin. M. de Salvandy est mort au château de Graveron (Normandie) le i5 décembre i856, âgé de soixante et un ans.
(i) Voici la lettre par laquelle M. de Salvandy annonça à Guttin. guer sa nomination de clievalier de la Légion d'honneur :
« Paris, le 3o avril i838. — Monsieur, je m'empresse de vous informer que sur ma proposition et par ordonnance du 29 avril i838, vous avez été nommé chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur. Je me félicite d'avoir pu appeler sur vos titres ce témoignage de la Justice et de la bonté du Roi.
« Recevez, Monsieur l'assurance de ma considération distinguée. « Le Ministre de l'Instruction publique, « Salvandy, »
{Lettre inédite.)