‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 36 sur 96 · SEIZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LETTRE

à Ulric Gattinguer,

Septembre 1889.

Réparation d'honneur quant à Sainte-Beuve, mon bon ami, il était à la campagne et n'a pu répondre à ma lettre. Il m'a écrit hier un petitmot charmant; du reste, ce que vous dites de ces g"aillards-là n'en subsiste pas moins, leur outrecuidance est intolérable et il faut laisser vivre tous ces cyniques dans leurs tonneaux. Gœthe et Byron étaient plus traitables, je le parie. — Avezvous terminé votre affaire du faubourg Saint-Honoré (i)? J'ai hâte de vous savoir à Paris. Par exemple, il me faudra dire adieu à Saint-Germain quand vous l'aurez quitté. Je n'y vais que pour vous. Vous n'avez point songé à habiter Versailles et à utiliser cet autre chemin de fer. Je l'ai montré à Musset, il y i5 jours, il ne l'avait jamais vu et en est revenu enthousiasmé. Il a dû même faire un sonnet en son honneur (2). Le g-rand

(i) Gutting^uer était en marché pour acheter au coin de la rue de Gourcelles le petit hôtel qu'il devait baptiser « les Lilas ».

(a) Je ne sache pas que le chemin de fer ait inspiré le moindre sonnet à Musset. En revanche, nous en avons un de Guttingucr qui finit par celte allusion au chemin de fer de Saint Germain :

sous LOUIS PHILIPPE l33

Roi a parfumé ce beau lieu pour longtemps encore, et Louis-Philippe a jeté quelques pincées dans la cassolette. — A propos de cassolette, ouvrez la vôtre et envoyez-moi mes vers. — Comment trouvez-vous cette phrase de l'astronome de La Lande : « Où vous voyez Dieu je ne vois que la nature et le mouvement. Vous supposez un être qui existait avant tout et qui a tout créé de rien. Je vous épargne la moitié de l'ouvrage, »

Je serai à Paris mardi et mercredi — jeudi je vais déjeuner à Nanterre, je tâcherai de pousser jusqu'à la Terrasse (i). Il faut pourtant que je sois à Paris pour 4 heures. — Mon oncle aurait été bien heureux de vous avoir pendant son séjour à Bury. Il se rappelle encore nos rires homériques au café Hardy, il y a bien longtemps, en revenant de la campagne. Ne me parlez pas des notaires (2).

Il y a deux ans qu'ils ontnosaffaires entre les mains et rien n'est encore terminé. Quel malheur qu'on ne puisse pas naître, vivre et mourir sans ces gredins-là ! — A bientôt n'est-ce pas ?

Toujours bien à vous.

Dimanche.

ALFRED T

C'est de voir dans le bois qui conduit à Nanterre, Perçant ville et montagne et sautant la rivière. Sur leur chemin de fer les \vagons accourir.

(Octobre 1887.)

(i) La Terrasse de Saint-Germain. Guttinguer habitait tout près, rue du Château-Neuf.

(2) A propos de la succession de son père.

l34 LA JEUNESSE DOBÉE

Page 1