‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 40 sur 96 · DIX-HUITIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME LETTRE

à Ulric Guttinguer.

s. d. [Février i84o.]

Cher ami, si vous êtes un peu malade, je suis à peu près mort. Je rends l'âme sous le pied vainqueur de Musard. J'ai maintenant 3 femmes attelées à ce que vous savez bien. La pépie vient en mangeant. Comment vous n'allez pas entendre Dupré, Rubini ? Vous ne connaissez peut-être pas Rachel et vous vous ég^arez au Vaudeville : c'est de la folie — la pièce est d'un homme d'esprit qui prendra sa revanche, c'est tout ce qu'on peut dire — ces vieilles amours n'ont rien de neuf que votre joli refrain.

Je voudrais avoir déjà votre portrait. — J'ai revu les convives de l'autre jour. Il n'est question que de vous, de votre esprit, de vos chansons, de cette amabilité et de cette grâce qui n'appartiennent qu'à vous, mon bon ami. — Que dites- vous des vers d'Alfred ? Roger les a lus comme pour les faire siffler. Excellent ami, va !...

Avez-vous mené Gabriel (i) voir les masques ? Je

{\) Fils de Guttinguer.

LA JEUNESSE DOriEE

m'attendais à tout instant à vous voir passer dans une berline patriarcale. Je médite un repas quelconque avec Théophile Gautier et Alphonse Karr, à la condition expresse que vous en ferez les honneurs.

Duciéré est parti pour Laval — nous reparlerons de Challamel en carême. Je n'ose pas vous dire que je n'ai pas encore lu votre nouvelle. C'est du plaisir que je mets en réserve. Je vous prêterai le volume de Gœthe quand vous viendrez, mais rapportez-moi mon grand in-8 de vers à vous et mon marc ; prêtez-moi aussi les Mélanges poétiques. Je reçois à l'instant une lettre de Levol qui fait jouer à Ljon (heureux habitants des beaux vallons de l'Helvétie) {bis) 2 pièces en un acte. Il en envoie une en 3 actes à Paris et en achève une en 5 qu'il apportera bientôt lui-même. Je suis inquiet du sort de la malle qui contiendra ce chef-d'œuvre — on ne la recevra qu'au roulag-e. J'ai une levrette mag-nifique qui par flatterie se fait malade comme son maître qui raie et vous embrasse.

A vous de tout cœur.

ALF

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