‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 44 sur 96 · LE CHATEAU DE SAINT-PRIX · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE SAINT-PRIX

Le château de Saint-Prix que Victor Hugo loua pour sa femme et ses enfants, en i84o, est bâti à mi-pente de la colline

Qui joint Montlignon à Saint-Leu.

Une terrasse qui s'incline

Entre un bois sombre et le ciel bleu (i).

Fondé à la fin du xvi* siècle par un riche drapier, ce château à deux étages, de style dix-huitième siècle, passa, dit M. Auguste R.ey (2), entre les mains d'une dynastie de correcteurs en la Chambre des comptes, les Petit des Landes, qui s'y perpétuèrent jusqu'à la fin de l'ancien régime. L'un d'eux faisait imprimer dans le Mercure, en 1763, qu'il était le plus ancien gentilhomme du duché d'Anguien. Mais son nom allait s'y éteindre. Il laissa la Terrasse à une nièce, xM°^® de Brainville, dont les héritiers la vendirent en i835. Le baron Cottu,

(i) Tes Contemplations..

(2) Notes sur mon villaije. Villégiaturé de la famille Hago à Saint-Prix.

174 LA JEUNESSE DOnÉr;

dont la femme était en correspondance avec Lamennais (i), l'habita de 1828 à 1828. De la Terrasse de Saint-Prix à la propriété de Tattet à Bury il n'y avait que très peu de distance. C'est ce qui explique que, dans sa lettre à Guttinguer, citée plus haut (a), Tattet ait pu lui dire, en l'invitant à passer une journée à Bury : « Vous profiteriez de l'occasion pour faire visite à M"^^ Hugo qui a loué un château superbe dans un des plus beaux lieux de la terre, tout à côté de nous. >

De la Terrasse de Saint-Prix à celle de Saint- Germain où habitait Guttinguer, il n'y avait pas très loin non plus. Et ainsi s'expliquent encore les lettres suivantes adressées à Guttinguer par M^^ Victor Hugo :

« Mon cher monsieur, lui écrivait-elle, le 12 juin i84o, je crains que vous n'entrepreniez le voyage pour Saint-Prix pendant que je serai absente. Cette idée me préoccupe, devant me trouver à Paris dès lundi, afin d'assister à la i""^ communion de mon petit Toto. Arrivez donc ici avant lundi ou après jeudi. Vous seriez fort aimable de me donner votre jour, cela vous engagerait. Je crois peu aux choses vagues. Et puis je pourrais prévenir Victor qui est si désireux de passer quelques moments avec vous. Enfin faites ce que vous voudrez pourvu que vous veniez. Vous ne

(i) I\I. le comte d'Hanssonville a oublié récemment la Correspondance de Lamennais avec M""^Cotiu (i vol., chez Pcrrin, 1909). (2) P. 1G9.

sous LOUIS-PHILIPPE Ilb

pouvez avoir Tidée de rouler pendant Tespace de 10 lieues sans celle de vous reposer le reste de la journée près de nous. Si j'étais prévenue je commanderais le dîner de façon à ce que vous puissiez être de retour chez vous vers g heures. Je suppose que votre fils peut veiller jusque-là. M'"® Gutting^uer jouira de voir son gamin monter sur les meules de foin, comme je suis heureuse de regarder les miens exécuter de brillants assauts en les escaladant. Il y a ici mon petit neveu qui est fort disposé à tenir tête à votre lion.

« J'ai bien vu hier M. Tattet, il vous espère dimanche. Je lui ai dit que c'était moi qui comptais sur vous. Que dites-vous de la distraction que j'ai là ? Cette histoire prouve, plus que tous les livres de morale, qu'il ne faut rien écrire que tout le monde ne puisse lire, ou bien qu'il peut quelquefois arriver des choses quand on n'a nulle attention.

« Je suis enchantée, malgré ces chances fatales, que vous soyez à 5 lieues de moi, puisque nous ne nous retrouvons qu'à cette distance. Franchissezla et croyez à mes plus affectueux sentiments.

« ADÈLE HUGO (l). »

Guttinguer se rendit-il à l'invitation de M'"^ Hugo? C'est peu probable. En tout cas voici une autre

(i) Lettre inédite.

lettre d'elle qui prouve qu'ils jouaient à cachecache tous les deux :

« Monsieur et bien cher ami, lui écrivait-elle le 28 août i84o, je ne reçois votre lettre qu'à l'instant ; c'est votre faute, car, puisque vous me savez à la campagne, puisque je vous ai donné mon adresse, pourquoi m'écrivez- vous à Paris ?

« Je vous gronde, parce que je suis en colère contre vous, qui préférez l'invitation de M[usset] à la mienne. Les grandes industries ont, de tout temps, tué les petites ; les bons dîners en agissent de même avec les mauvais.

« Vous me trouverez chez moi, dans ma retraite, quand vous viendrez ; je ne sors pas, vous n'avez que l'ennuyeuse chance de me rencontrer. Nous verrons votre plus belle œuvre ; que celle-là ne vous empêche pas d'en faire de ^^Xm^' médiocres. Quant à nous, nous les aimons toutes, et n'avons pas de préférence.

« Si vous désirez remercier M™® de Girardin de vive voix, vous n'avez qu'à vous nommer, à moins que vous n'aimiez mieux que nous vous introduisions dans cette aimable maison ; ce dont nous serions très fiers.

« Victor voyage (0. Voyagez aussi du côté de Saint-Prix.

« Mille tendres amitiés à votre femme ; tout autant à vous, sans m'oublier près de votre lion,

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