VINGT-TROISIÈME LETTRE
à Ulric Guttingner.
27 décembre [i84i].
Que vous êtes bon et aimable, mon cher Ulric, et avec quel plaisir je vous serrerai la main ! Vous savez pourquoi je vous remercie, dispensez-moi donc de vous le dire.
N'est-ce pas que je suis heureux et que je suis digne de ma fortune puisque j'en sens tout le prix ? Mais pourquoi ne pas vivre éternellement aux g-enoux de cette adorable femme qui me donne tant de preuves d'amour, qui me rend meilleur, qui ouvre mon âme à toutes les sensations les plus tendres? Je viens de passer encore une journée charmante. Je vous écris de cette chambre que je ne quitte plus... Je ne suis bien que là... les murs me semblent pleins d'une moiteur sortie d'elle, j'y baigne mon front comme dans une rosée céleste, enfin je suis fou, ivre et vous supplie de me pardonner les extravagances que je vous envoie.
Hélas I elle n'est plus là. C'est vous dire quel hôte est assis à mon foyer... Je vois à mes côtés cet horrible spectre qu'on appelle la tristesse, il me parle, il m'op-
sous LOUIS-PHILIPPE
presse. Mais je connais une fraîche figure qui demain en lui montrant le bout de son nez le fera fuir aussitôt... il n'aime pas les jolies femmes, et dès qu'elles ouvrent une porte, il se sauve par la fenêtre.
Vous m'avez promis des vers, j'y tiens et nous y comptons. En attendant, voici ceux de Roger. Le dit troubadour avait ramassé une plume d'aigle sur les Pyrénées, il la dédia à V. H.