TRENTE-SIXIÈME LETTRE
û Ulric Guttinguer,
Mardi,
3i mai [i844]'
Cher ami, je n'ai reçu de vous qu'une lettre datée du 3o mai ; la longue dont vous me parlez sera restée rue Grange-Batelière. Je l'aurai jeudi soir et vous enverrai de suite le renseignement demandé. Veuillez de votre côté me dire si Trouville est un lieu tranquille, si on peut y vivre passablement et à bon marché. Madame veut prendre quelques bains de mer, j'ai de suite pensé à cet endroit que vous m'avez vanté jadis et dont le plus grand mérite est de se trouver dans votre voisinage. Y a-t-il moyen d'avoir pour i5 jours une petite maison bien isolée au bord de la mer ? Quelle route prendre pour y aller? Le bateau à vapeur n'est-il pas le moyen de transport le plus économique ? Hélas 1 il faut que je pense à tout cela maintenant. Quelle humiliation et quelle honte ! Donnez-moi donc, très cher, un petit itinéraire et dites-moi à peu près ce que ces i5 jours me coûteraient. Je serais bien heureux de revoir vos Rouges- Fontaines et de me promener avec vous au milieu de
ces pins que vous avez plantés et qui doivent être si beaux maintenant.
A quelle époque serez-vous au Chalet et à quel moment aller à Trouville pour n'y trouver que peu de monde ? Vous devez savoir tout cela. Ecrivez-moi à Paris. Il est plus que probable que je déjeunerai vendredi à Tortoni avec Ducléré. Ne pourriez-vous venir à 1 1 heures chez moi avec une botte de lilas ? Je vous verrai quelques heures au moins et vous serrerai la main? Nous cherchons des maisons de campagne de tous les côtés pour y rester jusqu'en janvier. Vous ne seriez pas homme à nous louer le Chalet quand vous le quitterez ? J'y transporterais ma maison, composée de 2 chevaux et 3 domestiques.
Voici ce que je sais de l'Andalouse de Rog-er. Il a emmené avec lui la mère et la fille et, arrivé à Paris, il leur a donné en toute propriété sa statuette (i). Je crois qu'elles lui font un procès en ce moment.
Adieu, mon bon, mon épouse veut absolument voir mon ami Arthur Gutting'uer.
Je vous aime et vous embrasse,
ALF
L[ouis]-Philippe vient d'arriver ici.