‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 75 sur 96 · LA. JEUNESSE DORF,B · texte numérisé non relu

LA. JEUNESSE DORF,B

turbulence, son faste et ses amitiés tapageuses, Roger y apporta la vie qui y manquait.

Le quai d'Anjou était peut-être encore plus désert qu'aujourd'hui, mais du balcon de l'hôtel Pimodan, la vue était délicieuse. En face on avait devant soi le merveilleux hôtel La Valette, qui déjà menaçait ruines. A droite, dans le bouquet charmant des peupliers de l'île Louviers, se profilait le côté de l'Arsenal affecté au logement de Charles Nodier. A gauche on découvrait toute la ligne des ponts jusqu'aux Tuileries. Et si rien ne troublait ordinairement le silence de cet endroit paisible, de temps à autre cependant l'école de natation, qui était installée sur la Seine entre le le pont Marie et l'Hôtel-de-Ville, et que fréquentait la jeunesse du quartier latin, remplisiait l'air de cris joyeux.

Justement, un jour que Roger de Beauvoir, après un bon déjeuner, prenait l'air au balcon de l'hôtel Pimodan avec Masset, Arvers , Arago, Tatlet, Guttinguer et Mosselman, leur attention fut attirée

Ingérât ! qui faites des passages (a), Delormc, sachez donc, mon cher.

Que chez vous il pleut en hiver.

Et que j'ai peur de vos pavages.

Mais près de votre pavillon Gazouillait l'oiseau de Courcelles, J'ai du sons^er aux hirondelles...

Contentez-vous dèlre un grillon.

Todo vaestro^ s^.

(a) OuUinfruer, avant tVaclietcr sa maison dos Lilas, rue de Courcollos, 10 bis. habitait, en olTcl, dans la môme rue. u" 38, un pavillon appartenaut au rieux Delormc qui fit le passage de ce nom.

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par trois jeunes femmes, trois Naïades, qui sortaient du bain et s'en venaient en toilette légère le long" du quai d'Anjou. L'une d'elles, celle du milieu, qui était la plus grande, avait sur la tête une toque vénitienne rouge d'où s'échappait un flot de cheveux châtain doré qui lui tombait sur les épaules.

— Ah I les belles filles I dit tout haut Alfred de Musset.

— Si nous leur disions de monter! dit Mosselman.

— C'est une idée ! répliqua Roger de Beauvoir. On leur fit signe, elles répondirent de fort bonne

grâce ; une minute après, car elles n'étaient pas

.... de ces bégueules Qui ne sauraient aller au Prado toutes seules,

une minute après, elles entraient dans le salon où chacun leur fit fête. Et c'est ainsi que la jolie toque vénitienne rouge, autrement dit Apollonie- Aglaé Sabatier, devint la maîtresse d'Hippoljte Mosselman (r).

Il y a des familles qui semblent avoir été vouées à la beauté. Celle de Mosselman est de ce nombre. Le père d'Hippolyte avait eu de son mariage avec

{i) Mémoires inédits de Guttingucr.

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