‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 76 sur 96 · I^A. JEUNESSE DOREE · texte numérisé non relu

I^A. JEUNESSE DOREE

Marie-Joseph Tacqué deux garçons et deux filles, dont l'une fut la belle Mm^ Fonteniliiat, belle-mère du duc Pasquier et de Casimir Périer, premier du nom, et l'autre, la comtesse Le Hon, femme du ministre de Belgique à Paris, que, sous Louis - Philippe et Napoléon III, on appelait couramment « riris aux yeux bleus » et « Tambassadrice aux cheveux d'or (i) ».

Issu de sang plébéien, Mosselman avait débuté à Paris par un coup de maître. Il tenait une petite maison de banque à Bruxelles, quand eut lieu la faillite du baron Récamier. Il acheta son hôtel de la rue du Mont-Blanc, où avait été élevée M™® de Staël, si bien que la belle comtesse Le Hon naquit, grandit et se maria dans le cadre même de la belle Juliette.

L'hôtel Récamier n'était pas très vaste, mais il avait fort grand air depuis que l'architecte Berthaut l'avait transforme. Dans la cour de nombreux réverbères ; sur le perron des tapis turcs, des arbustes rares et des fleurs. « L'appartement comprenait le vestibule, deux salons à droite, la chani-

(i) Le comte Charles-Joseph Le Hon était né à Tournai en 179». Elu vers 1820 membre des Etats-Généraux des PaN's-Bas, il fut nommé bourgmestre de Tournai et puis, en 1 83 1, ministre de Bclçiquc à Paris. En cette qualité, il parvint à faire admettre par Louis-Philippe la candidature de Léopold de Saxe-Cobourg au trône, et plus tard il négocia le mariage du nouA'eau roi avec la princesse Louise d'Orléans. Il garda ses fonctions à Paris pendant douze ans, puis il rentra en Rclgiciue et siégea à la Chambre des représontanls jusqu'en i8j6. Elevé au rang de ministre d'Etat, il alla se fixer à Paris, oii il mourut en 1868.

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bre à coucher de M'"® Récamier, la salle de bain et le boudoir, ces deux dernières pièces à gauche. La chambre à coucher était de grandes proportions. Les murs presque entièrement recouverts de hautes et largesglaces d'un seul morceau. Entre les glaces et les grandes portes en marqueterie fort artistement travaillées, une boiserie blanche avec filets bruns, relevés d'ornements en bronze. Face aux fenêtres, la cloison du fond était presque tout entière formée d'une glace. Le lit de la déesse était tout blanc et recouvert des plus fins tissus de rinde; le bois du lit, d'une belle forme antique était aussi orné de bronze. Des vases élégants étaient placés sur les deux marches de l'estrade qui le supportait. En arrière, deux très hauts candélabres, chacun de six à huit branches. Les rideaux du lit étaientblancs.Lefondse composait d'un lourd rideau violet de damas qui tombait à gros plis ; il était relevé sur les côtés pour laisser libre la glace du mur, si bien que M™^ Récamier étant au lit se voyait reflétée de la tête aux pieds (i). »

Je passe sur la salle de bain et le boudoir dont le luxe était à l'avenant.

Ce milieu n'était certes pas pour donner des idées de modestie à M^^^ Mathilde Mosselman. Aussi,

(i) J'emprunte cette description aux lettres de Jean-Frédéric Reichardt, ancien maître de chapelle de Frédéric II, qui vint à Paris en 1803 et fut invité à l'une des fêtes du banquier Récamier. L'hôtel Récamier, sis rue du Mont-Blanc, n<» 7 (aujourd'hui Chaussée-d'Antin), était estimé 36o.ooo i'r., et son mobilier 5o.ooo fr. Après avoir servi de bureaux, à la Compagnie des chemins de fer de Lyon, il fut détruit par le percement de la rue Meyerbeer.

quand elle devint la comtesse L miration, l'éblouissement de I par son élégance et la sompiu de maison que par sa beauté si vingt ans c'est elle qui donna G^est elle aussi qui fut la preu valeur les meubles et objets d Louis XVI, qui ont acquis depui des frères de Concourt, des pii:

ventes. J'ajoute que, par ses mo res et notamment par sa liaisoi duc de Morny elle défraya longi scandaleuse. La 3Iode de 1887, révolution de Juillet un journal lant d'un bal masqué des Tu M°^® Le Hon y serait costumée er et M. Le Hon, en Georges Danc

Dès lors rien de plus nature « l'ambassadrice aux cheveux son genre de vie et l'aient mené

Alfred, qui fut attaché à la lég a laissé dans le monde où l'on tion d'un homme de beaucoup d

Hippolyte, qui fut surtout ui s'est rendu fameux par ses ch maîtresses. Avant d'être l'amant Sabatier, il avait eu une amie des n'appelaient que « la Dam

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Après M"^ Lelong, il eut une marchande d'am italienne qui le servit si bien, qu'il en moun cinquante-sept ans (i). Mais la plus célèbre quatre, celle qu'il aima le plus longtemps et lui le plus d'honneur, fut certainement M"® Sabat

Née à Strasbourg" en 182 1 (2), elle avait c ansdeplusquelui, et vingt-deux ans environ qu; il la prit à ses gages. C'était une fille super grande et bien proportionnée. Elle avait un b front, des yeux rieurs, une bouche mutine, un V d'une fraîcheur exquise, et son corps semblait a^ été fait pour servir de modèle à un statuaire am reux des formes pures. Aussi Glésinger qui avai l'occasion de la voir à demi-nue dans un bal costi chez Roger de Beauvoir, obtint-il la permissi après un siège plus ou moins long, de la mou des pieds à la tête pour en faire la Femme piq par un serpent c^m causa tant de scandale au Sa de i848.

Trois ans après, Gustave Ricard l'exposait enc au Salon sous le nom de la Femme au chien, portrait — qui passe pour le chef-d'œuvre peintre marseillais — excita une telle admirât dans le public, qu'Edmond About, l'ayant retroi à TExposition universelle de i855, en fît cet élo^

« Le portrait de M"^^ Sabatier, qui a fond^ réputation de Ricard au Salon de [85i, est une

passag*e et les forcent d^admirer. Je me rappelle que lorsqu'il fut exposé pour la première fois, j'étais à l'Ecole normale. Je m'échappais avec quelques amis, des cours de Saint-Marc Girardin, pour venir voir M^^ Sabatier avec son petit chien sur les genoux. Puis nous regagnions à toutes jambes la grande salle de la Sorbonne, heureux de rapporter dans nos yeux le souvenir d'une si radieuse beauté. Il s'est passé depuis ce temps quatre énormes années et le portrait a plus gagné que perdu (i). »

C'était aussi l'avis de Théophile Gautier, qui, du jour où il vit cette Apollonie à l'hôtel Pimodan, s'attacha à ses pas comme à ceux d'une reine de beauté.

J'aime ton nom d'ApolIonie, Echo grec du sacré vallon, Qui dans sa robuste harmonie Te baptise sœur d'Apollon.

Sur la lyre au plectre d'ivoire.

Ce nom splendide et souverain, Beau comme l'amour et la gloire Prend des résonnances d'airain.

Classique, il fait plonger les Elfes Au fond de leur lac allemand.

Et seule la Pythie à Delphes Pourrait le porter dignement.

Quand, relevant sa robe antique.

Elle s'assoit au trépied d'or, Et dans sa pose fatidique Attend le dieu qui tarde encor.

(i) Voyage à travers VExposition des D$anx-Àris »n iS55.

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Ces vers sont tirés du recueil des Emaux et Camées.

A cette époque, M"^® Sabatier habitait déjà, rue Frochot, Tappartement agencé et meublé avec goût que lui avait loué Hippolyte Mosselman, mais elle n'y recevait guère encore que les amis de son ami, dont Alfred Tattet,qui lui avait apporté de Naples le joli petit chien illustré par le pinceau de Ricard. Ce n'est qu'un peu plus tard, quand la renommée se fut emparée d'elle, qu'elle entrebâilla la porte de son saion aux artistes et aux poètes, encore eutelle soin de les choisir parmi ceux dont le nom pouvait lui faire une auréole. On y vit ainsi entrer l'un après l'autre Théophile Gautier, Musset, Baudelaire, Dumas, Flaubert, Feydeau, Maxime du Camp, Reyer, Préault, Ricard, Clésinger et jusqu'à Meissonier qui, séduit comme tout le monde par les charmes de la maîtresse de céans, en fit le ravissant portrait en pied que la gravure a vulgarisé depuis. — J'oublie à dessein les frères de Concourt qui, selon leur habitude, n'allèrent chez M""® Sabalier que pour voir, écouter et prendre des notes. Ouvrez leur Journal à la page 191 de l'année 1864, vous y trouverez les lignes suivantes :

« Passé la soirée avec M"^® Sabatier, la fameuse présidente, au merveilleux corps moulé par Clésinger dans sa Bacchante. Une grosse nature avec un entrain trivial, bas, populaire. On pourrait la définir, cette belle femme à l'antique, un peu canaille : une vivandière de faunes. »

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