G LA JEUNESSE DOREE
Nous aurons dans le prochain courrier l'histoire de votre empoisonnement, n'est-ce pas ?
Le major Fridolin part samedi pour Brest et le Cap. J'irai mettre en malle-poste ce pauvre bon et courageux ami.
J'ai vu hier feu Ternaux, à présent vicomte de la Morelie : il a une femme charmante, au dire de maman, à qui elle a été présentée. Ce Woldemar m'a beaucoup parlé de son vojag-e en Eg-ypte. Il avait acheté une esclave qu'il a donnée en partant comme pourboire à un domestique de place. Il va habiter neuf mois de l'année la terre de sa belle-mère, entre Fécamp et Caen. Alfred continue à être plongé dans les filles ; il y laissera son génie et sa santé. Quel affreux suicide ! Décidément aurons-nous la guerre ? Qu'en pensez-vous? J'en ai une peur atroce. En attendant que nous vivions de carottes, je me dépêche de faire les achats indispensables et je viens de donner à ma femme pour ses relevailles (je m'y prends de bonne heure, comme vous voyez) un cachemire des Indes long, de 1.600 fr.
J'ai lu le discours d'Harel sur Voltaire, il est très bien et ne croyez pas votre Revue de Paris qui l'a fort maltraité.
Mon cher Ed. Bocher (i) est très malade et donne de grandes inquiétudes à Gabriel que j'ai vu. Il a des polypes dans l'oreille. On lui en a extirpé un et il a souffert si effroyablement qu'on hésite à continuer l'opération. La famille Bocher est très éprouvée en ce
(i) C'est M. Ed. Bocher, qui remit à son frère Gabriel, bibliothécaire du duc d'Orléans, le sonnet que Musset avait fait sur l'attentat de Meunier contre le roi en i836. Il devint plus tard sénateur et représentant du comte de Paris. (Cf. la Bibliographie d'Alfred de Musset, p. 178.)
sous LOUIS-PHILIPFE 297
moment. Mad. de Thorig-ny est très souffrante, le père a une recrudescence de sa maladie de vessie. Il n'y a que Charles (i) qui continue à être le correspondant assidu du Globe. Dites donc à votre éditeur de m'envoyer 2 ou 3 exemplaires. Je voudrais en offrir un de votre part à Alf. Leroux. J'ai donné mes 2 au Journal des Débats^ A propos, il n'y a pas moyen de songer à avoir un grand article. M. de Sacy a des articles tout faits qui ne paraîtront que dans 3 ans. Ce sont de véritables sultans que ces bougres-là.