‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 82 sur 96 · QUARANTE ET UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUARANTE ET UNIÈME LETTRE

à Félix Arvers.

Fontainebleau (i84i Octobre.

Mon cher Félix, donne-moi des nouvelles de t Si j'en crois Théophile Gautier, elle a été sifflet tort. Maintenant qu'on te joue tous les jours, esl ta présence est bien nécessaire à Paris? N'épro pas le besoin de te procurer une colique de raisin g"laise, car ces braves insulaires se ruent en ce i sur Fontainebleau pour se donner les douceur chose en question. Il paraît que cela entre da régime. J'attends ce mois-ci mon frère, Arag-o i set. Mets-toi de la partie, mon petit vieux. En t( je ne veux plus, entends-tu bien, que tu restes d entiers sans m'écrire. Nous finirions par ne pli saluer dans la rue, et habiter Font[ainebleau] ou per, c'est tout un.

La duchesse d'Ot [rante] voyage en ce mome P. Fesig (?) et sa mère — dans la même bei

3oO LA JEUNESSE DOKÉK

trouve Mad. de Behag-ue-Sully et Mad. Caillot. Voilà un sextuor moral. J'aime mieux la berline de l'émigré.

Tu sais que Kachel est en ce moment avec Ed. Manuel (i). Tu connais l'histoire de Planât et de Ligier. hïs-iu Monte-Cristo? C'est adorable et amusant comme un conte des Mille et une Nuits.

Je ne te dis pas adieu, mais au revoir. A bientôt, très cher et tout à toi de cœur.

ALFRED T

Avec qui donc Scribe a-t-il été surpris en conversation criminelle? Le nom, je te prie, du peintre cocufié. — Est-ce que Rose Chéri (2) épouse Montigny? Le prince de Berg-hes est au désespoir de n'avoir pu ouvrir la chasse cette année.

QUARANTE-DEUXIÈME LETTRE à Félix Allers,

Fontainebleau, 28 novembre i845.

Non, tu ne seras pas seul au monde, et de bons amis te resteront. Alors, mon très cher, tu ne les négligeras pas comme tu le fais et tu viendras passer des semaines et des mois entiers avec eux. Cet affreux mois de novembre est le mois des anniversaires. C'est le 4 fjue j'ai

(1) Aident de chance. Encore une liaison de Rachel que nous ne connaissions pas.

(a) Rose-Marie Cizos, dite Rose Chéri, épousa, en effet, en i845, Lcmoinc-Montig^ny, auteur dramatique, qui était directeur du Ciymnase depuis (juclqucs mois seulement. Elle était née à Etampes en 1824, et lui à Paris en 1812.

sous LOUIS-PHILIPPE 3oi

perdu mon pauvre père, il y a 8 ans! Que de choses ont coulé sur mon fleuve depuis cette épreuve ! le 1 9 novembre j'ai eu 36 ans. Voilà certes une chose accablante. Moi en 1849 j'aurai 4o ans! C'est à ne pas croire. Saistu que si tu veux te marier, il est grand temps que tu t'y prennes. T'ai-je dit que nous avions été faire une visite à Biard, qui demeure dans nos environs? Je te conduirai chez cette victime du grand V[ictor] H[ug'o]? C'est un homme charmant, comme toujours, et il nous a vivement intéressés ; son atelier est curieux.

Si tu veux un billard, pour en finir avec cette terminaison, dis-moi quelle grandeur doit avoir la pièce qui le contiendra. Je veux des mesures exactes afin de ne pas faire de boulettes. Un billard de 10 pieds est-il suffisant et combien en faut-il à l'entour pour jouer commodément?

As-tu été au bal de Nathalie qui a marié sa sœur? As-tu vu Féline aux Français? Qu'en dis-tu? Il me tarde bien de lire cette pièce de l'auteur de la Ciguë (i). As-tu lu cet admirable article de Lamartine dans la Presse (2)? Quel talent, quelle puissance et quel style ! bien que les Débats lui reprochent de ne pas écrire correctement. Cela ne ressemble guère, en effet, aux

(i) Un Homme de bien, comédie en 3 actes et en vers, qui fut jouée en i845 à la Comédie-Française.

(2) Un principe et point de partis, qui fut suivi à quelques jours de distance, de : Sur la Réforme électorale (4 décembre i845) et Du mouvement réformiste et de la possibilité d'une réforme (t4 décembre i845). Lamartine écrivait à ce sujet à M. Darg-aud, le i5 décembre i845 : « ... J'ai en écrit 62 journaux qui ont répété mes trois articles : belle campagne ! On ne me croit pas si vent qu'on disait. On est en admiration et en fureur contre moi. Nous aurons avec Barrot quelque escarmouche de tribune et quelque bataille rangée avec Thiers. Gela fait, aux Girondins ! {Correspondance de Lamartine, t. IV, p. 2i5.)

robinets d'eau tiède que nous lâchent tous les matins Messieurs les journalistes. Ce pauvre Perpignan a donc été atteint de la croix d'honneur et cependant comme la chaste z'izabelle il n'avait, ce me semble, presque rien fait pour cela.

Que tu est heureux d'être sorti sain et sauf de cette caverne de voleurs qu'on appelle la Bourse 1 C'est bien la bourse ou la vie qu'on vous demande sans cesse dans cette forêt de Bondy. Que de ruines et que l'on doit être fier de passer à côté de toutes ces avidités sans succomber à la tentation !

Adieu, très cher, écris-moi quelquefois et aime-moi toujours.

Tout à toi.

ALFRED

Page 1