QUARANTE-TROISIÈME LETTRE
à Félix Arvers.
Fontainebleau, !•'' janvier 1846.
Mon cher ami, maman te remettra ce petit mot que je t'écris dans lo premier quart d'heure de l'année nouvelle. Je devais ce souvenir à ta vieille amitié, qui ne m'a jamais fait faute. J'ai pensé aussi à la solennité de ce jour qui va rouvrir ta blessure encore mal fermée (i). Hélas! qui n'a pas les siennes en ce triste monde?
Je n'ai fait que passer à Paris, mon très cher ami ; j'y étais venu pour un insipide dîner de famille. Je n'ai pas mis le pied dehors. Je n'ai pas quitté maman ; je suis reparti pour Fontainebleau aussitôt la cérémonie terminée. Pierre ne m'a pas réveillé à temps, car je m'étais réservé une heure le matin de mon départ pour aller te serrer la main et j'ai vu que, si je montais chez toi, je manquerais le chemin de fer. Voilà bien franchement et tout bêtement mon histoire. Je me dédommag-erai à la fin de ce mois. En attendant, nous t'embrassons, grands et petits, de tout cœur.
Ton tout dévoué,
ALFRED
(i) La mort de sa mère.
sous LOUIS-PHILIPPK 307