LES IDÉES POLITIQUES DE TATTET ET D'ARVERS
Parlant de Tattet dans ses Mémoires, C\:.Bocher dit : « Tous les habitués des réunions de Tattet étaient républicains, libéraux et adeptes fanatiques de ridée romantique. Mes frères seuls (Edouard et Alfred) étaient royalistes par éducation et tradition de famille. »
Nous savons du reste que Tattet et Arvers firent le coup de feu sur les barricades de i83o. Mais les journées de juin i848, et la peur du socialisme révolutionnaire les jetèrent comme tant d'autres dans la réaction, et, l'année d'après, ils ne juraient plus que par le prince Louis-Napoléon.
Le 19 juillet i85o, Arvers écrivait :
( I ) Collaborateur au théâtre de Félix Arvers .
sous LOUIS-PHILIPPE 3 II
a Vive le président! car, en vérité, cet enfant va très bien.
« Savez-vous qu'il vient de donner une petite loi qui ôte la moitié de leur influence aux journaux, ces grands faiseurs de révolution ? C'est ce que M. Victor Hugo appelle une violation de la Constitution. Or, on a remarqué que chaque fois que cette pauvre constitution est violée, c'est le signal du retour de la confiance et de la reprise des affaires. Les comptes hebdomadaires de la Banque et le tableau du produit des revenus indirects, publié par le Moniteur, témoignent de cet état de prospérité, qui n'attend pour être complète que la suppression totale de la République.
<.f Ah I oui, la Révolution de Février, j'en ai entendu parler sur la côte de Coromandel . Eh bien, Monsieur, la Révolution de Février a fait le bonheur de la France pour l'avenir, car, pour ce qui est du présent, je ne vous cacherai pas qu'elle a ruiné pas mal de monde, mais ruiné, là, à plates coutures. Quand la République fait les choses, elle ne les fait pas à moitié ; si bien que ceux qui dinaient chez Yéry dînent aujourd'hui à quarante sous, ceux qui dînaient à quarante sous dînent à dix-huit, el ceux qui dînaient à dix-huit ne dînent plus du tout (i). »
On sait maintenant, car la vérité finit toujours par se découvrir, que la plupart des libéraux pensaient comme Arvers, après les journées de Juin.
(i) Voir notre Alfred de Musset, t. l, p. 249.