‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 91 sur 96 · CINQUANTE ET UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUANTE ET UNIÈME LETTRE

à Ulric Guttinguer

S. d. [août i856].

Mon cher Ulric, Notre maisonnette est pleine depuis samedi dernier de nos enfants et les amis ne me laissent pas un moment de repos. Il faut se baigner monter à cheval, jouer au whist, et cela par les chaleurs tropicales et avec mon bras presque toujours endolori. Arago est toujours le plus gai et le plus aimable des convives et Jadin et Comairas les plus gentils compagnons qu'où puisse imaginer. J'attends Lefuel (i) aujourd'hui et ne vous parle pas de Dejean, toujours un peu endormi, et de Giraud (2), que vous ne connaissez point. C'est Arnould Frémy (3) qui s'est chargé de mettre votre lettre à la poste lundi dernier. Mon garçon a eu au lycée Saint-Louis un i«'"ac-

(i) Il s'agit de l'architecte du Louvre, né à Versailles, le i4 novembre i83o, mort à Paris le i«"" juin 1881.

(2) Giraud, Pierre- François-Eu^^ène {i8oG-i83i), peintre et graveur, auteur du portrait d'Alfred de Musset que nous reproduisons dans ce volume.

(3) Arnould Frémy était né à Versailles, le 17 juin 1809. Reçu docteur es lettres en 184 3 avec une thèse très remarquée sur les Variations da style français au XVII" siècle, û fut nommé professeur suppléant de littérature française à Lyon. Sa collaboration à la petite presse le fît destituer, mais il fut réintégré en 18:47 et envoyé professeur à Strasbourg. Ayant donné sa démission après la révolution de Février, il collabora activement à la Revue de Paris, à la Revue britannique, au Siècle, au Peuple, au Charivari, et publia un certain nombre de romans dont : les Maîtresses Parisiennes, les Confessions d'une Bohcmienue, les Mœurs de notre temps, les Amants d'aujourd'hui. Il a fait également quelques pièces de théâtre, dont la Réclame, en 5 actes, représentée en 1807.

sous LOUIS-PHILIPPK 828

cessit de version latine, un 2® prix de dessin et un i®*" prix de musique. Vous voyez, d'après cela, qu'il n'est pas fort en thème. C'est toujours quelque chose. Je lui ai acheté un cheval et tous les matins il le prend pour aller prendre une répétition à Fontainebleau, parce que je veux qu'il fasse une bonne 4® l'année prochaine. Quant à Julie, la filleule de cette pauvre madame Gutting"uer, sa distribution de prix n'aura lieu que le 20, mais elle y sera fort maltraitée parce qu'elle ne fait rien et que l'on ne peut en venir à bout. Du reste elle aime beaucoup la musique et est gentille à croquer, de visage et de manières.

L'absence de Gabriel a dû vous faire un g"rand vide. Ces diables d'enfants prennent une place énorme dans la vie. J'espère que vous vous déciderez prochainement à l'accompagner ici, Le train qui part de Paris à 9 h. du matin ne met qu'une heure en route et c'est celui qu'il pourrait prendre; les autres demandent 2 h. moins i/4: ce n'est vraiment pas un voyage. Je ne sais ce que devient Tessier : le rencontrez-vous quelquefois ? il est revenu de Londres assez souffrant, me dit-on, mais qu'allait-il faire dans cette maudite galère ? Je vous recommande les Etudes morales sur le temps présent par Caro (i) (Hachette). Stendhal, talent un peu surfait, selon moi, y est fort maltraité. Le poème de Marguerite dans les Récits poétiques d'Eugène Mordret, mort l'an dernier, tn'a beaucoup plu (2). Adieu, très cher, tenez-

(i) Ouvrage paru en i855.

{2) Eugène de Mordret, que personne ne connaît aujourd'hui et que tous les anlhologistes ont oublié les uns après les autres, était né à Evreux. Son volume intitulé Récits poétiques, paru en 1806 chez Ledoyen, renferme quatre poèmes d'une valeur réelle : Louarn, l'an mil, Galatée, Marguerite que Tattet louait avec raison, et tout un

moi au courant de ce que vous faites. Avez-vous lu le

bouquet de jolies petites pièces dont celle-ci que je reproduis pour donner une idée de son talent et à cause des noms qui y sont cités :

Page 1