‹ La jeunesse du CidChapitre 37 sur 54 · SCÈNE I L'INFANTE DONA URRACA, ARIAS GONSALVE · texte numérisé non relu

SCÈNE I L'INFANTE DONA URRACA, ARIAS GONSALVE

Arias. — Ta douleur, Madame, est excessive.

Dona Urraca. — J'endure mille tourments et j'ai autant de raisons de verser des larmes. Arias Gonsalve, jeté considère comme un père.

Arias. — Et je le suis par l'amour que je te porte.

Dona Urraca. — H y a plus d'un an que ma mère nous a quittés pour le ciel et, depuis, je n'ai connu que la tristesse. La jeunesse sombre de mon frère comme le grand âge du roi rendent plus cuisante ma douleur. Je pleure sur la mort prochaine de mon vieux père et je souffre en songeant à l'enfant qui lui succédera.

Arias. — Ils sont vivants tous deux et bientôt, s'il plaît au ciel, l'un des prétendants à ta main te fera changer de condition, de pays et de souverain. Ces pensées ne sont-elles pas consolantes?

Dona Urraca. — Moi, épouser un étranger?

Arias. - S'il professe ta religion, pourquoi pas?

Dona Urraca. — Et c'est ainsi que m'exilerait l'ami si tendre qui m'éleva ? J'accepterais plus volontiers un mari de mon sang et de ma race; j'aimerais mieux commander sur une cité, sur un bourg, sur un village de Castille que régner sur des peuples étrangers.

Arias. — En ce cas, Madame, arrête tes regards sur l'un de tes vassaux.

Dona Urraca. — Je devrais plutôt les en détourner, fût-ce au prix de souffrances cruelles. Je te dis mes faiblesses comme je les confesserai- à mon âme.

ARIAS. — Tu ne doutes pas de mon affection. Je t'écoute.

Dona Urraca. — C'est le grand Cid; c'est le grand Rodrigue que j'aimerais épouser. Il a conquis mon chaste cœur et je pensais me marier avec lui.

Arias. — Alors... qui s'}7 oppose ?

Doxa Urraca. — Mon destin est cruel; l'honneur me l'interdit. Chimène et lui s'aimaient ; depuis la mort du comte, ils s'adorent.

Arias. — Est-ce certain ?

Doxa Urraca. — Oui!... Ce n'est que trop certain pour mon malheur. Plus elle pleure son père, plus ses plaintes s'exaspèrent, plus elle s'acharne à la poursuite de Rodrigue, plus s'exalte sa tendresse. Adoré, il l'idolâtre ! Mon cœur me le dit ; il sait que tout ressentiment est mort et que l'injure elle-même est mise en oubli. Pourtant, une femme offensée, désabusée, mais jalouse de conserver l'honneur et de mériter le respect, devrait témoigner de sa haine et rester fidèle à ses souvenirs. Voici mon père, nous reprendrons cet entretien... Mais, hélas ! il m'a déjà vue.

Arias. — Il désire te demander conseil.

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