‹ La jeunesse du CidChapitre 47 sur 54 · I.i. Cm. Ne suis-jc pas un homme · texte numérisé non relu

I.i. Cm. Ne suis-jc pas un homme

Don Martin. — Contre moi?

Le Cid. — Tu es arrogant; les armes à la main, tu apprendras à connaître mes œuvres et mon nom.

I><>\ Martin. — Quoi, Rodrigue, tu oserais non seulement me regarder sans trembler, mais encore me combattre en dépit de la disproportion de nos forces ! Penses-tu triompher aussi aisément d'adversaires portant le harnais et l'écu que de ces femmelettes à la poitrine nue, de ces Morillons qui ont des épées en oripeau, des rondaches en papier et des bras en coton? Ne prévois-tu pas que tu gîrais bientôt inerte et que l'âme t'abandonnerait si je t'assènaissur la tète un seul coup de ce gantelet? Eloigne-toi, fuis mes rigueurs, et va-t'en vaincre tes Morillons.

Le Cid. — Jamais les chiens voleurs n'eurent la dent courageuse! Aussi bien, et sans aboyer à tous les vents, je me contenterai de te dire que j'entrerai dans le champ, décidé à te vaincre. Appuyé sur le bon droit de Sa Majesté, j'y porterai ma volonté de triompher et le ciel m'en donnera la permission.

Don MARTIN. — Soit, puisque tu veux mourir. Mais il ne suffit pas de te tuer. Il est juste que, poursuivant la réalisation d'un seul de nus désirs, j'en accomplisse deux. Votre Altesse, par un ban public, n'a-t-elle pas promis la main de Chimène à celui qui lui porterait la tête de Rodrigue?

Le Roi. — Oui, je le confirme.

Don Martin. — Eh bien, Sire, je me mets sur les rangs et je veux profiter d'une aussi bonne fortune. Chimène, par Dieu, m'a semblé fort belle et tu verras bientôt dans ses mains le vainqueur de Rodrigue et. au bout de ma lance, près «les cieux, la tète du vaincu.

Le Cid, à part. — Maintenant, l'outrage est irrémissible, la jalousie m'embrase de tous ses feux.

Don Martin. - Résumons-nous, Sire, et concluons pour ne pas te fatiguer. Le champ-clos sera le lieu où se videra l<- différend qui divise la Castille et ['Aragon. Au signal donné par les juges, nous entrerons tous deux dans la lice et pour notre sûreté nous amènerons chacun cinq cents soldats. Est-ce entendu ?

Le Roi. — (Test entendu.

Le Cm. — Et là, tu verras, à ta honte, combien l'épée et la langue parlent un langage différent.

Dox Martin. — Allons, et quoi que la meilleure pièce de ton harnais la protège, je donnerai ta tête à Chimène et, à mon roi, Calahorra.

Le Cid, au roi en s'agenouillanl devant lui. — Je vais partir, bénismoi.

Dox Martin. — Comme un faucon, je volerai à tire d'aile vers le lieu du combat.

Le Roi, au Cid. — Va, et sois victorieux !

Diègue, à son fils. — Que le Dieu souverain te donne la victoire et ses palmes, comme en t'imposant les mains je te bénis du plus profond de mon âme.

Arias. — Grand Castillan, nous sommes tous avec toi.

Don Martin. — Je pars.

Le Cid. — Je te suis.

Don Martin. — Tu me reverras là-bas, Rodrigue !

Le Cid. — Martin, nous nous retrouverons dans la lice ! (Tous sortent.)

QUATRIEME TABLEAU

Chez le Comte ; la chambre de Chimène.

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