‹ La jeunesse du CidChapitre 49 sur 54 · LE ROI DON FERNAND, ARIAS GONSALVE, DIÈGUE LAYNEZ, PÉRANZULEZ · texte numérisé non relu

LE ROI DON FERNAND, ARIAS GONSALVE, DIÈGUE LAYNEZ, PÉRANZULEZ

Le Roi. — La vaillance et l'audace de don Sanclie, comme vous le savez, sont si grandes que, peu à peu, il en vient à manquer de respect à mes cheveux blancs. Chaque jour croissent aussi la désaffection, l'arrogance, le mépris, la dureté qu'il montre à ses frères. Je l'ai vu, et, comme père, j'en suis venu à penser que je devrais diviser mon royaume et mes Etats entre tous mes enfants. Ne sont-ils pas au même titre des morceaux de mon âme? Que pensez-vous de ma pitié pour eux? Parlez, Diègue !

Diègue. — Elle est exagérée et répugne grandement à la raison d'Etat. Songez-y bien, Sire, une maison dont les forces sont désunies périclite parce que leur division les affaiblit, ce n'est que trop certain. D'ailleurs, le prince, pour qui tes paroles sont une offense, Sire, aura sûrement à cœur de montrer la vaillance que le ciel lui a départie.

Péranzllez. — Sire, Alonso et Garcia sont deux épreuves sorties du même moule. Tous deux sont formés de la même matière. Que celui qui les engendra les protège. Si leur frère les persécute, si leur frère les maltraite déjà, qu'adviendra-t-il quand il aura hérité le trône ? Faudra-t-il qu'ils s'en aillent servir d'écuyers à d'autres rois, dans d'autres royaumes? La Castille n'en souffrira-t-elle pas dans son honneur?

Arias. — Sire, doïïa Elvire et doua Urraca sont aussi tes enfants et le sort des filles déshéritées ne saurait être heureux.

Diègue. — Et si le prince don Sanche, dont les traits de courage étonnent, dont les prodiges de valeur excitent l'admiration, se doute de l'affront qui le menace ? Qu'attendre, qu'espérer, sinon l'incendie de l'Espagne? Ainsi, a y regarder de près, les mêmes raisons qui t'inclinent à partager ton royaume, t'obligent à y renoncer.

Arias. — Est-il bien juste que Sa Majesté, en crainte de quelques disgrâces, compromette le sort de ses fils? Ils sont tous des morceaux de tes entrailles.

Diègue. — Les intérêts de la religion chrétienne ont toujours passé avant ceux des enfants. En outre, si la discorde s'introduit entre eux, ils se tueront, sans faute, les uns les autres et elle les perdra quand même.

Péranzulez. — La révolte est douteuse et, en tout cas, bien éloignée; le malheur que je prévois est certain.

Le Roi. — Il se peut que le partage équitable des biens tempère l'ardeur juvénile de don Sancbe el rende mon fils plus traitable.

Diègue. Son indomptable cburage s'insurge même contre les arrêts des astres. Mais appelle-le, Sire, déclare-lui tes intentions et tu sauras si les espérances du prince cadrent avec tes désirs.

Le Roi. — C'est sagement dit.

Diègue. — D'ailleurs, il vient.

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