SCÈNE IV
LES MÊMES moins le COMTE
Arias. — Le moment est venu de montrer ta prudence, grand Fernand.
Diègue, au Roi. — Rappelez-le, rappelez le Comte ; qu'il vienne exercer la charge de gouverneur de votre fils. Maintenant que je suis flétri, il est seul digne de l'occuper. Hautain et fier, il emporte, pour en accroître son patrimoine, l'honneur dont il m'a dépouillé. Et moi je m'en irai, encore le pourrai-je, trébuchant à chaque pas sous la charge de l'affront et sous le poids des années en un lieu où je pleurerai mes injuresjusqu'au jour où je les vengerai.
Le Roi. — Ecoute, Diègue Laynez.
Diègue. — L'homme que l'opprobre avilit fait mauvaise figure auprès de son roi.
Le Roi. — Entends-moi.
Diègue. — Pardonne, Fernand. Hélas, est-ce bien là ce sang qui fut la gloire de la Castille ! (77 sort.)
Le Roi. — Je deviens fou!
Arias. — Il s'en va le cœur enflammé de colère.
Le Roi. — Il a raison, mes amis ! A quel parti me résoudre? Faut-il arrêter le comte Lozane ?
Arias. — Non, sire. Il est puissant, riche, arrogant et brave et si tu faisais acte d'autorité, tu mettrais à l'aventure ton royaume et tes vassaux. Outre qu'en pareil cas, le fait est connu, emprisonner le coupable équivaut à publier l'offense.
Le Roi. — Tu as raison. Va Péranzulez, suis le comte Lozane. Toi, Arias, rejoins Diègue Laynez. Affirmez de ma part à l'un comme à l'autre que l'événement s'étant produit dans le palais n'aura pas d'écho au dehors. J'entends que personne ne le publie et que l'on en garde le secret L'on fera là-dessus le silence éternel, je l'ordonne sous peine de disgrâce.
Péranzulez. — Grave raison d'état !
Le Roi, se tournant vers Arias. — Dis encore à Diègue Laynez que je prends son honneur à mon compte, que je l'attends ici (à Péranzulez). Et toi, dis au Comte que je l'appelle et qu'il vienne sans crainte. Nous verrons de la sorte s'il existe des moyens humains pour réparer ce malheur.
Péranzulez. — Nous y allons.
Le Roi. — Volez et revenez I
Arias. — Diègue Laynez est de mon sang.
PÉRANZÙLEZ. — Le Comte est mon cousin-germain. (Ils sortent.) Le Roi. — Je suis un roi mal obéi ; je châtierai mes vassaux. (Il sort.)
DEUXIÈME TABLEAU
Chez Diègue Laynez