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2. Voir Œuvres de Fr, le Gr., t. XXVII, III, pp. 36-39. Plan wegen des Commerça nach Schlesien.
employer toule Tarmée à la défense, et il ne resterait rien pour l'offensive. Mais il n>n faut pas rester là. Ce serait « d*une très mauvaise politique, et d'une personne privée de loulo invention et imagination. Quand ou n'avance pas, on recnle. » II s'agit de procurer de plus en plus l'agrandissement de la maison.
Le plus nécessaire des projets est de rapprocher les pays prussiens, de « recoudre les parties détachées, qui appartiennent naturellement aux parties que nous possédons, telle que la Prusse polonaise » Ces pays étant
acquis, non seulement on se fait un passage entièrement libre de Poméranie au royaume de Prusse, mais Ton bride les Polonais, et l'on se met en état de leur dicter des lois. )> Mais, « passons plus outre. » Voici la Poméranie cilérieure : « Elle n'est séparée de la nôtre que par la Pecne et ferait un très joli effet, si elle était coinbiuée avec la nôtre. On y gagnerait des revenus, mais les revenus, c'est chose qui regarde les financiers et les commissaires. » Le vrai profit de l'acquisition serait de mettre la maison à couvert de toutes les insultes que les Suédois lui peuvent faire, de rendre libre le corps d'armée considérable, qui serait obligé de défendre la Peene, d'arrondir encore le pays^ et d'ouvrir ainsi « le chemin à une conquête, qui se présente pour ainsi dire d'elle-même, je veux dire le pays de Mecklembourg ». Avançant « de pays on pays, de conquête en conquête... comme Alexandre...» il court vers le Rhin. Aux pays prussiens de Clèves et de Mark, il veut ajouter, pour qu'ils ne restent point « si seuls et sans compagnie », Berg et Juliers. Une fois réunies, ces provinces pourront contenir une garnison do
30,U00 hommes. Ëlics seronl donc en état de résister, au lieu que le seul pays de Clèves, incapable de se défendre^ n'appartient au roi qu'autant que les Français ont ]a discrétion de le lui laisser. Sur ces territoires, le Brandebourg a des droits, mais le prince ne les allègue pas; il ne « raisonne qu'en pure politique », et ne peut pas s'arrûter après chaque mot pour faire une « digression ». Il veut seulement prouver qu'il y a « nécessité politique )> d'acquérir ces provinces. Il espère que l'on trouvera tout ce qu'il vient de dire assez raisonnable, car « lorsque les choses seraient dans l'état que je viens de les projeter, le roi de Prusse pourrait faire belle figure parmi les grande» de la terre, et jouer un des grands rôles... Je souhaite à celte maison de Prusse qu'elle s'élève entièrement de la poussière où elle a été couchée... ' »
Si le roi Frédéric-Guillaume avait lu ce manifeste, il aurait été rassuré sur l'avenir de la Prusse. C'est bien cet avenir tout entier que prévoyait et voyait le prince royal. Sa théorie de la « nécessité politique » de certaines conquêtes, avec allégation postérieure et subsidiaire des « raisons de droit », lui d'abord, et d'autres ensuite l'ont appliquée. Il parle dans la perfection sur ce ton prussien très particulier, où l'ironie sèche, et qui coupe, alterne avec la phraséologie humanitaire et religieuse, et l'impudeur de la force avec le mysticisme d'une dévotion de prêtre, car lui aussi, le philosophe, il parle comme un prédicateur. Sur la même feuille de papier, à quelques lignes d'intervalle, après avoir proposé la conquête de la Poméranie suédoise
I. Lettre du prince royal à Natzmer, févr. 1731, Œuvres de Fr. le Gr,^ t. XVI, pp. 3-6.
pour « arrondir » la Poméranie prussienne, et celle de Juliers et de Berg, pour donner une compagnie à Clèves et à Mark, qui sont « si seuls », il proteste que sa maison « n'a lieu de craindre aucun autre ennemi que la colère céleste ». S'il veut que la Prusse «s'élève de la poussière », c'est « pour faire fleurir la religion protestante », pour êlre « la ressource des affligés, le support des veuves et orphelins, le soutien des pauvres et minatrice des injustes. » Il aimerait mieux la voir s'abaisser, «si l'injustice, la tiédeur de la religion, la partialité ou le vice prenaient le dessus sur la vertu, ce que Dieu préserve à jamais!... »
On croirait entendre parler par cette seule bouche, M. de Bismarck et Guillaume P'.
Frédéric avait dix-neuf ans quand il écrivit cette lettre, •qui achève d'éclairer sa physionomie. Son génie n'est pas fait encore. Il s'y trouve des contrastes et des contradictions, qui étonnent et inquiètent ceux qui l'observent. Quelques-uns le jugent mal. Schulenbourg s'imagine « que les passions le domineront entièrement, et que le plaisir lui tiendra au cœur plus que toute autre chose » ; mais Schulenbourg n'a fait que passer, et le prince s'est tnoqué de lui.Wolden admire fort son « subordonné ». Il lui trouve « toutes les qualités requises pour un grand «eigneur ». Il voit tout le profit que le prince a retiré de son séjour à Cûstrin : « Outre que l'adversité lui a formé le cœur et l'esprit, le prince commence à avoir une idée juste de bien des choses dont il n'avait pas connaissance auparavant. » Puis « il est capable de tout, avec la pénétration qu'il a, )) mais il n'est pas encore mûr, et Wolden répète deux fois le souhait que Dieu accorde au roi quel-
ques années de vie. Autrement nous pourrions voir arriver des catastrophes bien tristes pour le pauvre pays, par un changement subit ». Hille sait mieux que personne la valeur de son élève. II devine que Frédéric sera un des plus grands princes de la maison de Brandelourg, mais il trouve, comme Wolden, qu'il lui manque quelque chose. Ils avaient raison de garder quelque inquiétude : lo vrai Frédéric n'était pas encore dégagé des contradictions de sa propre nature, et des' influences opposées qui s'exer- •çaient sur lui. Ils avaient raison aussi d'espérer; ils voyaient bien que l'aiglon de Prusse sortait de l'œuf. Ils n'étaient pas les seuls à le voir. Le prince Eugène, à qui la lettre à Natzmer a été communiquée, trouve que « les idées de ce jeune seigneur vont loin », et qu'il deviendra tin jour « très redoutable à ses voisins ». Le vieux serviteur des Habsbourg pressentait les serres de Taiglon.