‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 102 sur 112 · Hille à Grumbkow, 18 déc. 1730, Koser, p · texte numérisé non relu

Hille à Grumbkow, 18 déc. 1730, Koser, p

son frère Guillaume, pourvu qu'on lui assignât de quoi vivre avec dignité pendant la vie de Fempereur.

A la lecture de ce message étrange, Grumbkow « tomba des nues ». Il le renvoya tout de suite à Cûstrin, et pria Ilille de brûler ce papier au plus vite. Le roi, disait-il, entrerait dans une belle colère, s'il avait vent de cette fantaisie ! Non seulement Sa Majesté n'avait jamais pensé à un pareil mariage, mais elle ferait pendre celui qui lui en voudrait seulement donner l'idée. L'honnête Grumbkow, avant de renvoyer ce document, dont il craignait si fort la révélation, en avait pris une copie, qu'il avait communiquée à Seckendorff. Celui-ci l'avait transmise au prince Eugène. Les deux Autrichiens se creusèrent la tête à chercher l'explication du mystèrc. Le bruit de ce mariage ayant été répandu par des nouvellistes, ils pensèrent que le prince avait voulu savoir ce qu'il en était, et qu'il avait ainsi donné une preuve nouvelle de sa « fausseté ». Il est probable qu'en effet Frédéric avait imaginé ce moyen de découvrir les projets du roi. En même temps, il avait saisi l'occasion de faire montre de sa docilité, et d'affirmer sa renonciation définitive « aux vues secrètes et désagréables », évidemment avec l'espoir de fléchir enfin le roi, et de sortir un peu plus tôt « de la galère ».

L'effet de cette fantaisie fut tout le contraire de celui qu'il attendait. Le prince Eugène avait trouvé le projet étonnant, wunderlich. Il l'avait rapproché de la lettre à Natzmer, sur la politique de la Prusse, et concluait de tous ces signes que, si le prince n'était pas encore très réfléchi, il ne manquait « ni de raison, ni de vivacité ».

Il revenait alors à l'idée du mariage qu'il avait imaginé, s'égarait dans cette illusion que la seule façon de corriger les faux « principes » de Frédéric était de lui faire accepter la princesse de Bevem : « Hors du mariage Bevern, rien à espérer *. »

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