‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 109 sur 112 · Mém, de la Margrave^ pp · texte numérisé non relu

Mém, de la Margrave^ pp

seillera. » Seckendorff, au fond, n'est pas plus rassuré. Il a vu le roi, recevant les lettres par lesquelles l'empereur le félicitait des fiançailles du prince royal, les baiser dévotement. « Moi et Grumbkow, écrit-il au prince Eugène, nous ne négligeons aucune occasion, de pousser le mariage sous main, unter der Hand zu potissiren ; mais il sait fort bien que S. M. ne se laissera pas mener par le nez, et, somme toute, n'en fera qu'à sa tôte ^

Cependant, Seckendorff et Grumbkow essayaient, à qui mieux mieux, de circonvenir le prince royal. Une correspondance s'établissait entre ces trois personnages qui se haïssaient et se méprisaient, toute pleine d'esprit, de bonne grâce réciproque et de cordialité. Seckendorff avait commencé le placement des ducats de YAugustissimus aussitôt après les fiançailles.

. « Un véritable et très zélé serviteur de Votre Altesse Royale, avait-il écrit au prince, a tant à cœur l'harmonie heureusement rétablie dans la famille royale, qu'il ne peut s'empêcher d'avertir Votre Altesse Royale que tous nos soins doivent aller à la conserver, et, comme on craint que, pendant son séjour à Ciistrin, on n'aura pu s'empêcher de faire quelques dettes, il sera absolument nécessaire de les payer, sans que cela vienne encore à la connaissance du roi, qui pourra croire, s'il le saura, qu'on avait mal employé l'argent. On commence(ra) donc à faire tenir à Votre Altesse Royale 500 ducats, pour s'en servir à payer les dettes. Mais,

. 1. Grumbkow & Seckendorff, 11 mai, 20 août, .4 et 7 oct. 1732, Fôrster, III, 108, m, 115, 116; Seckendorff au prince Eugène, 5, 8, 28 avr. 1732, Fôrster, III, 94, 03, 105.

comme on sera surpris, si les dettes se paient tout d'un coup, il sera de la prudence d'en payer une partie tous les mois, et faire accroire aussi à ses amis les plus intimes que ce paiement se faisait de Targent qu'elle ménageait de ce que le Roy donne pour son entretien par mois, et des revenus du régiment. »

Seckendorff expliquait ensuite la façon de procéder. Le porteur de la lettre était un homme sûr, un fidèle serviteur de Grumbkow, et qui n'éveillerait aucun soupçon, car on avait l'habitude de le voir porter des livres au prince. S. A. lui dirait de venir chercher la réponse ; l'homme reviendrait, mettrait le paquet sur la table, et s'en irait. S.A. était priée de « casser » le présent billet » et d'avoir la bonne grâce d'en donner quelques morceaux déchirés au porteur des ducats.

Frédéric fut ravi de ce secours qui lui tombait du ciel. c( Le livre que vous avez eu la bonté de m'envoyer^ écrivit-il à Seckendorff, est charmant, et je vous envoie dans un couvert la chanson que vous m'avez demandée, » c'est-à-dire les morceaux de la lettre cassée. Il assurait son cher général que, bien qu'il ne fût pas « de beaucoup de paroles », il ne s'en disait pas moins avec beaucoup de considération, d'affection et d'estime, son très parfait ami et serviteur.

En envoyant la première « petite remise », Seckendorff avait dit au prince que si S. A. approuvait la manière dont on la lui faisait tenir, on se servirait toujours du môme canal. Le prince approuve, et l'échange des lettres et des chansons continue. Seckendorff fait au prince une avance de 2,000 florins pour payer de grandes recrues

venues d'Autriche. Le prince, qui sait que cette sonjime ne lui sera pas réclamée, remercie. Ses lettres deviennent de plus en plus « aimables et gracieuses ». Il en agit avec « Monsieur son très cher général » comme avec un vrai ami. Après qu'il a mangé 1 ,300 ducats, que son père lui avait donnés pour payer de nouvelles recrues, il envoie son créancier chez Seckendorff. Celui-ci paie, et dépasse le crédit que lui a ouvert le prince Eugène; il demande à Vienne des instructions, mais il est d'avis de faire les choses très largement. Quand le prince sera marié, dit-il, le roi ne lui donnera pas plus de 12,000 thalers par an, avec lesquels il lui sera purement impossible de vivre. Les 2,500 ducats de la pension impériale ne seront pas un supplément qui suffise. Si l'on ne veut pas abandonner le prince royal, il faudrait lui donner au moins une pension de 6,000 ducats, en prenant la précaution de lui déclarer qu'au delà de cette somme, il n'aura rien à prétendre de Sa Majesté Impériale. Si l'on aime mieux prêter que donner, « le prince n'aura aucun scrupule à faire un écrit, mais il serait plus glorieux et meilleur pour l'avenir de ne rien exiger de semblable *. »*

Seckendorff aurait peut-être fini par croire qu'il était possible de gagner Frédéric, s'il n'avait eu communication des lettres que celui-ci adressait à Grumbkow. Le prince, avec l'assurance que lui donnait sa qualité d'hé* ritier d'un roi malade, versait ses confidences dans le

1. Seckendorff au prince, 6 avril 1732, et réponse (non datée) du p ince, CEuvreê de Fr, le Gr., t. XVi, pp. 27-8 ; Seckendorff au prince Eugène, 28 avril et 18 sept. 1732, Fôrster, III, 105, 113.

cœur de Tautre « cher général ». « L'on veut me rendre amoureux, monsieur, à coups de bâton, écrit-il à Grumbkow au reçu d'une lettre, où le roi lui reprochait de n écrire pas assez souvent à sa Dulcinée; mais, par malheur, n'étant pas du naturel des ânes, je crains fort qu'on n'y pourra pas réussir. » II avoue qu'il n'écrit pas souvent à la princesse, mais c'est qu'il « manque de matière et ne sait souvent de quoi remplir sa page ». Il rappelle qu'on lui a i< proposé ce mariage, volens nolens^ et que la liberté en était le prix ». Puis il s'emporte ; il soupçonne que la pénurie de sa correspondance amoureuse a été dénoncée au roi par sa future belle-mère, qu'il appelle « la grosse tripière, madame la duchesse », et dont il souhaite que Dieu foudroie « la fontange altiore ». Il répète les déclarations déjà faites sur la conduite qu'il tiendra dans le mariage. Il se mariera en « galant homme », c'est-à-dire en laissant agir madame comme bon lui semble, et faisant de son côté ce qui lui plaît, et « vive la liberté ! » Il espère que le roi ne se mêlera pas de ses affaires après les noces, sinon madame la princesse en pourra pâtir. « Le mariage rend majeur, et dès que je le suis, je suis souverain dans ma maison, et le roi n'a rien à y ordonner; car, point de femme dans le gouvernement de rien au monde... Un homme qui se laisse gouverner par des femmes est le plus grand coïon du monde. » Enfin, il confesse tout son sentiment sur les femmes, comme il « le pense devant Dieu ». Il « aime le sexe, mais d'un amour bien volage, n'en veut que la jouissance, et, après, le méprise ». Il n'est « donc pas du bois dont on fait les bons maris. » Il

« enrage de le devenir, mais il fait de nécessité vertu ». Pour la dixième fois, sa menace : a Je tiendrai ma parole, je me marierai, mais après, voilà qui est fait, et bonjour, madame, et bon chemin ! »

Cependant il s'est décidé à écrire à sa fiancée, et môme au prince de Bevern, son futur beau-père. Celui-ci a pris au sérieux le compliment du prince et l'en a remercié. « Monsieur le duc me fait des remerciements, écrit Frédéric à Grumbkow, comme si j*étais Thomme le plus épris des grâces de sa fille ; il me fait son panégyrique, pour ajouter à la haute estime que j'ai déjà d'elle, et il me fait les honneurs de son cœur comme d'un cabaret. Tout ce que je viens de dire a fait tant d'effet sur moi, que lui souhaitant le suprême bonheur, je fais des vœux du fond de mon cœur, pour que Pempereur du Maroc devienne amoureux par réputation des charmes de cette princesse, et qu'il l'enlève et l'épouse. Impératrice du Maroc vaut de deux degrés une princesse royale de Prusse. Voyez après cela si je ne suis pas chrétien, et si je ne souhaite pas tout le bien à des personnes qui me causent tous mes chagrins... Je ne puis comprendre comment l'on peut être si bon... * »

En lisant ces lettres, SeckendorfF retombait dans ses doutes. Il avait hâte d'en finir. Le roi ayant fixé pour le mariage la date du 15 janvier 1733 : « Dieu veuille que nous en soyons là ! écrit-il au prince Eugène '. » L'intrigue de la réconciliation avec l'Angleterre l'inquiétait

1. Le prince à Grumbkow, 4 et 29 sept. 1732, Œuvres de Fr. le Gr,^ t. XVI, pp. 56-8, 6(.

% Seckeodorff au priace Eugène, 18 sept. 1732, Fôrster, 111, 112.

toujours. Il ne se doutait pas encore, mais il allait bientôt savoir que Vienne entrait dans cette intrigue, et travaillait à rompre le mariage Bevern.

LINTRIGUE ANGLO-AUTRICHIENNE

L'empereur s'était réconcilié, dès Tannée 1731, avec les puissances maritimes ^ Il avait obtenu d'elles un de ces traités de garantie de la Pragmatique, que savait négocier le secrétaire d'État Bartenstein, auxquels il ne manquait rien et qui ne valaient rien. Il voulait entretenir la bonne intelligence avec ses nouveaux amis, ayant besoin de leur appui contre la maison de Bourbon dont les projets sur Tltalie n'étaient point dissimulés. Il était d'ailleurs préoccupé de la succession de Pologne, dont Touverlure était attendue et qui amènerait, tout le monde le savait, de grands troubles en Europe. Or l'Angleterre demandait à l'empereur, entre autres satisfactions, de Taider k marier le prince de Galles avec une princesse prussienne. Il était bien difficile à la cour de Vienne de défaire son œuvre, qui avait été si laborieuse ; pourtant, le prince Eugène avait commencé par prescrire à Seckendorff un redoublement de précautions ; il lui donnait à entendre de plus en plus clairement la nécessité da ménager l'Angleterre

i. Roser, p\ i6S et suiy.

Au mois d'avril 1732, le roi de Prusse avait été pris d'une passion de voir l'empereur, qui devait faire un voyage à Garlsbad. Le prince Eugène, averti par Seckendorff, fut très embarrassé. « Cette visite, répondit-il, sera fort remarquée en Angleterre et ailleurs. Tâchez de contrecarrer ce projet, en vous y prenant le mieux possible, sous main, sans en avoir Tair. Si vous ne trouvez pas le joint, ne faites pas d'opposition; déclarez au contraire au roi qu'il sera très agréable à Sa Majesté Impériale, qui le considère comme le plus précieux de ses amis, de l'embrasser. » Mais le roi s'enlôta : « J'irai certainement voir l'empereur, disait-il; il faut bien que je le connaisse personnellement ; rien ne pourra m'en empêcher. » Le prince Eugène dut s'exécuter : « Assurez Sa Majesté, écrivit-il enfin à SeckendorfT, que Sa Majesté Impériale se fait une tout à fait vraie joie de faire sa connaissance personnelle. Pour moi, rien au monde ne pouvait m'arrivcr de plus agréable que de trouver enfin l'occasion tant désirée d'exprimer de bouche ma très soumise dévotion à Sa Majesté Royale. » L'entrevue eut lieu en effet dans un château de Bohême, à la fin de juillet. L'empereur s'était arrangé pour qu'elle fût aussi insignifiante que possible '.

La cour de Vienne se crut bientôt obligée de donner un témoignage positif de sa bonne volonté à l'Angletere, qui s'obstinait à vouloir au moins une princesse prussienne pour le prince de Galles. Elle consentit à entrer dans un plan très compliqué.

1. Seckendorflf au prince Eugène, 8 avr. 1132; le prince Eugène û. ScckcndorlT, 16 et 30 avril 1132 ; Fôrsler, III, pp. 96, 98, 105.

Avant les jfîançaillcs du prince royal avec Elisabeth de Bevern, un mariage avait été décidé entre le frère de cette princesse, Charles, prince héritier de Bevern, et la princesse Charlotte, sœur de Frédéric. L'Autriche et l'Angleterre décidèrent que Charles de Bevern renoncerait à la main de Charlotte, et recevrait, en échange, celle de la princesse Anne d'Angleterre, pendant que Charlotte de Prusse épouserait le prince de Galles- Le prince Eugène fit part de la combinaison à Seckendorff, Celui-ci qui, depuis plusieurs années, chaque jour, s'employait à entretenir la mauvaise humeur du roi de Prusse contre l'Angleterre, fut bouleversé par cette communication : « De toutes les très hautes commissions^ dont Sa Majesté Impériale m'a chargé, je n'en ai trouvé aucune plus difficile que celle que la très haute dite me fait transmettre au sujet de ce mariage à changer. » 11 alla tout do suite conter à Grumbkow l'ctonnante nouvelle.

Grumbkow était, depuis quelques semaines, de mauvaise humeur. Le retour offensif de l'Angleterre, la reprise de projets qu'il croyait définitivement enterrés, et rimportance que prenait Dcgenfeld le troublaient. II se donnait les airs d'un homme qui veut s'en aller. Le bon Dieu, disait-il, lui ferait bien voir une porte pour sortir de cette galère. Il s'intéressait encore un peu aux affaires, mais « pour fermer la gueule aux autres », plutôt que pour servir son maître. Il était fatigué du père et du fils : « Je ne crois pas, qu'il y ait un pareil couple dans le monde que le père et le fils. » Crûment, il disait h Seckendorff qu'il se « dégoûtait de Sa Majesté 1 » Le

roi « dina hier chez moi comme un loup, soupa de même, se soûla et s'en alla à minuit. » Grumbkow était dans ces dispositions d'esprit, lorsque Seckendorff lui apprit l'ordre arrivé de Vienne de soutenir les propositions anglaises. Alors « il tomba de son haut ». Demander à Frédéric-Guillaume de travailler à la réconciliation de l'empereur et de l'Angleterre, c'était le traiter en valet à tout faire. Le roi, dit Grumbkow, « n'est pas si sol qu'on croil. Il verra bien vite où on vise. » Alors Dieu sait ce qu'il fera ! Il est capable de rompre tous les mariages, celui du prince royal avec la Bevern, en môme temps que celui de Charlotte. Grumbkow ne mêlera donc pas de l'affaire : il retire « sa main de la table ». Il a môme des scrupules d'honnêteté : « Je ne suis pas de ces hommes qui soufflent le chaud et le froid; j'aime plutôt mourir que conseiller à mon maître une chose contraire à son honneur. » Il veut d'ailleurs garder « le peu de bien qui lui reste pour sa pauvre famille ». Il est si fort en colère qu'il oublie, à la fin de cette lettre, où il tient ces fiers propos de loyal serviteur, qu'il a exprimé, au début ses vrais sentiments : Je suis dégoûté de cette cour, a-t-il dit, mais il a ajouté : « Je ne le suis pas de la vôtre. » Et il a demandé la récompense de ses bons services. Modeste comme il est, il n'ambitionne point de grandes promesses : « La moindre douceur réelle qu'on me voudra accorder de votre côté me fera plus de plaisir que des espérances d'une grande valeur reculées*. » Seckendorff jugeait comme Grumbkow l'étrange revi-

1. Seckendorff au prince Eugène, 4 nov. 1132; Grumbkowà Seckendor£f, 4 nov., et rapport de Grumbkow, 8-24 nov., Fôrster, Ul, pp. 116, 128.

remenk de sa cour, mais il était obligé d'exécuter les ordres qu'il avait reçus. Son compère lui conseilla de présenter la chose, comme en raillant, et de ne point insister, si le maître se fâchait. Un jour que celui-ci lui faisait bonne mine, SeckendorfF risqua une insinuation, mais le roi fut d'abord « altéré », puis « renversé ». SeckendorfF lui représenta que cette proposition prouvait le sincère désir des Anglais de se réconcilier avec lui, et que personne ne perdait à la combinaison : « La princesse Charlotte devenait princesse de Galles, héritière d'une couronne, et Charles de Bevern épousait la princesse aînée d'Angleterre. » « Mais, répliqua le roi, que dira ma chère impératrice, à qui le mariage faisait tant de plaisir? Et Bevern? Et Charles? Que penseront-ils, si j'entre en un pareil changement! » Il demanda pourtant quelques jours de réflexion. Comme à l'ordinaire, il ne pouvait s'empêcher de chercher s'il ne pourrait pas tirer quelque avantage de cette situation nouvelle, mais la réflexion ne fit que l'exaspérer davantage. Il s'imagina que l'Angleterre voulait le compromettre et le « prostituer. » Il crut à une nouvelle machination du prince, qui, heureusement, n'était pas sous sa main, et de la reine, qu'il traita avec la plus grande dureté. C'était elle sans doute et son fils qui avaient mené cette mascarade, pour rattraper « l'Amélie ». « Eh bien, disait-il, puisqu'on me croit si variable, le prince royal ne se mariera pas du tout. J'ai encore trois fils, après tout. Et encore, j'aime mieux que toute ma maison périsse. Du moins, elle périra sans le blâme d'avoir changé le lendemain ce qu'elle a voulu la veille. »

Jamais, et ce n'est pas peu dire, on ne l'avait vu dans une telle rage. Il attendait d'être guéri de la goutte, pou.' se sauver à Potsdam, et ne plus voir personne. Toutes les affaires étaient suspendues *.

Sur ces entrefaites, Bevern le père, que la cour de Vienne n'avait pas daigné mettre dans la confidence, et qui ne savait plus ce qu'allaient devenir ses enfants, écrivit au roi pour lui dire qu il ne prêtait pas attention à ce que les malveillants osaient divulguer dans le monde : « Avec l'assistance divine, disait-il, nous verrons, au mois de juin ma chère Elisabeth entre les bras du prince royal, et le premier de famille, mon cher Charles, jouira des délices de son aimable princesse Charlotte. » Le roi lui répondit tendrement. Il l'assura qu'il avait « agi dans toute cette affaire avec une sincérité d'honnête homme », qu'il persisterait et même qu'il était d'avis de hâter les noces. Il écrivait de sa main, en post-scriptum : « J'ai la goutte, mais jusqu'à la mort, à vous et à ce qui vous appartient, pour jamais sans faux. Il faut faire vitement la fin. C'est mon petit sentiment*. »

Enfin, pour se débarrasser des importunités, il fit une grande scène dans la tabagie : « Non, cria-t-il, en regardant fixement Grumbkow, je ne le peux plus soutenir! — Vouloir me faire faire une lâcheté, à moi ! à moi ! Non ! jamais ! Sacrées intrigues ! Que le diable les emporte !

1. Seckendorff au prince Eugène, 26 nov. 1732, Fôrster, III, p. 118.

2. Lettre du prince de Bevern au roi, 22 nor. 1732, en français, citée dans une lettre de Seckendorflf au prince Eugène, du 30 nov. 1732, et réponse du roi au prince de Bevern, en français, jointe à une lettre de Seckendorff au prince Eugène, du 17 déc. 1732, Fôrster, III, pp. 120» 140-1.

Vouloir faire de moi un fripon! » Et il disait que, s'il était malade, c'était à cause de tout cela, qu'il sentait son cœur se ronger, et qu'il en mourrait. Grumbkow se félicitait de ne s'être point compromis dans cette aventure. Il triomphait du mauvais succès de l'intrigue anglo-autrichienne, et du roi son maître, qui, après l'avoir voulu tenir à l'écart, avait maintenant recours à lui. « Je ne sais rien de rien, lui disait-il, mais je ne comprends pas Tinquiétude de Votre Majesté ! » Il gardait « un ordinaire et juste flegme » dans cette tempête, et reprenait : « Votre Majesté, pourquoi êtes-vous si agité ? Je ne comprends pas ce que vous dites, mais Votre Majesté est le maître. Elle a autour d'elle d'honnêtes gens... » « Oui, oui, répliquait le roi, » et il se laissait peu à peu calmer par Grumbkow. Celui-ci était donc rentré en crédit, mais il craignait ou feignait de craindre que le roi ne pardonnât jamais à Seckendorff, dont il avait parlé à mots couverts dans l'accès de rage. Seckendorff répara de son mieux la maladresse qui lui avait été imposée. Il fila doux dans un entretien que son ami lui ménagea avec le roi. Frédéric- Guillaume lui rendit peu à peu sa bienveillance; il accepta même de lui une invitation à dîner : « Atable, j'espère que nous ferons notre paix, » écrivait Seckendorff au prince Eugène, qui était un peu honteux que « la mine eût raté, » et recommandait à son agent de tout faire pour rétablir le crédit de Grumbkow et le sien*.

i. Relation par Grumbkow de la tabagie du 6 déc. 173i; lettre» de Seckendorff au prince Eugène, des 6, 9, 13, 16, 20, 22, 27 déc. 1732, et du prince Eugène à Seckendorff, 6 et 17 déc. 1732, Fôrater, pp. 133, 137» 138, 139, 141, 142,144, 145.

Les choses reprirent donc leur cours vers les mariages de Charles de Bevera avec Charlotte de Prusse, et du prince royal avec Elisabeth de Bevern.

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