Aîém. de la Margrave, p
lettre de la fille de Grumbkow à son père. On y lit que la princesse promise était très timide dans le monde et devant sa mère : « Quand elle est devant madame sa mère, elle n'ouvre pas la bouche, et rougit toutes les fois qu'on lui parle, ce qui vient qu'elle est tenue fort rigidement, et n a aucune liberté, pas même de recevoir les dames dans sa chambre... Pour moi qui ai eu l'honneur de parler avec elle aux redoutes, où elle était seule et pas gênée, je puis assurer papa qu'elle ne manque ni d'esprit, ni de jugement et qu'elle raisonne sur tout très joliment, et est compatissante, paraissant avoir un très bon naturel. Elle aime fort à se divertir... Pour bon air, je ne puis pas dire qu'elle l'a et elle se laisse fort aller... Si elle avait quelqu'un qui le lui dise, cela changerait beaucoup... » La princesse aimait Berlin, souhaitait d'y retourner, et « désirait » le jour de son mariage \
Portrait attendrissant d'une pauvre fille, point laide, point sotte, élevée par des parents sévères, tout enfant, mignonne, craintive, qui ne demandait qu'à être rassurée, caressée, aimée et qui méritait qu'on l'aimât, et dont la vie sera une longue mélancolie, supportée avec la résignation d'une sainte et la dignité d'une héroïne.
Dans l'histoire que nous venons de conter, une seule personne est intéressante : c'est cette malheureuse épousée.
Le trio, prince Eugène — Seckendorff — Grumbkow, est d'une laideur vilaine. La gravité d'Eugène et de Seckendorff donne à leur hypocrisie une solennité comique.