Sauvetcrre, A.-E. Prusse, 1730, i8 août
Aussi aspiraient-ils au moment d'être débandasses de lui. Même parmi les officiers, qu'il tenait sous une dircipline terrible et qu'il ruinait par l'obligation de faire des recrues dans toute l'Europe, beaucoup le détestaient. Quarante de ses grands grenadiers, exaspérés par ses fureurs d'exercice et par les mauvais traitements, complotent de mettre le feu aux quatre coins de Potsdam, de l'y griller et de l'ensevelir sous les ruines. La population civile est exposée à voir les caporaux exécuter un ordre d'engager tout de suite quarante surnuméraires par compagnie, en arrêtant « de vive force dans les rues et les maisons tout ce qui s'y trouve, jusqu'à des enfants de six ans, que les officiers font racheter arbitrairement à leurs familles ». Aussi n'y a-t-il pas de maison où l'on ne murmure. « Les peuples sont d'un mécontentement infini. » On espère, on croit que cette désolation ne peut durer. « Il y a toute apparence, écrit Rottenbourg, qu'il arrivera ici quelque révolution. Tout s'y prépare. » Le roi sent bien son impopularité; il sait que l'on désire sa mort, même tout près de lui, dans sa famille, ce dont il enrage. Dans une de ses maladies, un médecin lui a fait « observer qu'il n'est pas nécessaire qu'il se rende tous les jours à la parade ». Il répond qu'on le croirait mort, s'il n'y allait pas : « J'aime mieux être réellement malade, pourvu qu'on croie que je me porte bien, plutôt que de guérir en laissant au public le plaisir qu'il suppose que lui donnerait sa maladie ^ »
i. Rottenbourg, A.-E. Prusse, 1726, 22 avril; 1727, 21 juin; Sauveterre, 1732, 23 mars.