Mém, de la Margrave ^ pp. 45 et suivantes
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mité du frère et de la sœur. Leurs visages, avons-nous dit, se ressemblent ; leurs esprits, aussi. Ils ont les mômes goûts et les mêmes répugnances. Ils sont jolis, délicats et malicieux. Wilhelmine fait la grande sœur, l'importante ; elle donne des conseils, par exemple le conseil de la lecture défendue. Ils se retrouvent le plus souvent qu'ils peuvent, pour bavarder sans fin. De quoi parleraient-ils, sinon du roi, de la reine, de ce qu ils voient et de ce qu'ils entendent? Le petit frère fait le rapporteur, et la grande sœur n'a pas de secrets pour lui. Les sujets de leurs conversations, les Mémoires de Wilhelmine nous les donnent ; ils ne sont pas beaux. Ce sont d'abord les malpropres histoires de domestiques, du brutal Eversmann, portier du château de Berlin, et de femmes de chambre, qui font le métier d'espionnes. Ce sont les méchancetés de la Letti : cette demoiselle de la princesse, une espionne aussi, bat sa jeune maîtresse et <( régale son dos tous les soirs » ; elle l'empêche de dormir « en ronflant comme un soldat », et lui apprend le respect par ses propos sur toute la cour, sur les dames de la reine, la Sonsfeld, qu'elle appelle une sotte bête, la Kamken, qu'elle appelle la grosso vache, et sur la reine elle-même, qu'elle traite, parlant à ■sa fille, de grande ânesse. Belle demoiselle de compagnie, que le portier, à qui elle a chanté pouille, parce qu'il néglige le balayage, a dénoncée comme recevant des hommes !
Le frère et la sœur ont dû s'attaquer à de plus hauts personnages, aux favoris du roi, surtout au prince d'Anhalt et à Grumbkow que la reine considérait comme ses grands ennemis. Anhalt, dit la margrave dans ses
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Mémoires a « une ambition démesurée qui le porte h tous les crimes pour parvenir à son but ». Les beaux dehors de Grumbkow « renferment un cœur fourbe ^ intéressé et traître. Tout son caractère n'est qu'un tissu de vices... Il avait donné des preuves de sa valeur à Malplaquet, où il resta dans un fossé tout le temps de l'action. Il se distingua beaucoup ù Stralsund, et se démit une jambe au commencement de la campagne, ce qui l'empêcha de pouvoir aller à la tranchée.., mais, excepté tout cela, c'était un très brave général '. » Certainement les deux enfants se sont conté ces histoires, fausses d'ailleurs, de Malplaquet et de Stralsund. Ils entendaient dire aussi qu'Anhalt et Grumbkow entraînaient leur père dans des parties de débauche.
Wilhelmine va jusqu'à conter qu'ils ont essayé de tuer son père et son frère. Le crime devait être perpétré dans une baraque en bois, où l'on jouait la comédie. La reine, avertie du complot, ne l'a pas révélé au roi, car, dans cette étrange famille, on se fait des mystères des choses qu'il importerait le plus de dire. Elle s'est arrangée seulement pour empêcher son mari d'aller à la comédie avec son fils. Elle a distribué les rôles : Wilhelmine amusera le roi, pour lui faire oublier Theure; s'il s'en souvient^ Fritz pleurera, criera. La scène fut bien jouée. Le roi oublie l'heure, mais il s'en aperçoit, se lève et prend la main de son fils. Celui-ci se débat, et pousse des cris terribles. Le roi le veut emporter de force. Wilhelmine se jette à ses pieds qu'elle embrasse, en les arrosant da