Mém, de la Margrave, pp. 2 cl
ses larmes. Il fallut bien s^expliquer avec le roi étonné et furieux. Le crime était imaginaire; mais la reine y a cru, Wilhelmine y croit encore, lorsqu'elle écrit ses mémoires*. Elle et Fritz ont donc été persuadés qu'Anhalt et Grumbkow,' ces deux familiers de la maison, étaient des assassins.
Ces deux jeunes êtres apprenaient ainsi — de trop bonne heure! — à ne voir dans la vie que des laideurs. Ils s'exerçaient à la défiance et au mépris. Leur mutuelle ten- •dresse était fortifiée par la haine que leur inspiraient les autres. Tout le monde remarquait leur intimité ; ils faisaient bande à part. Francke Ta bien vu : à côté des petits frères et sœurs, qui ont « un visage sincère, clair, innocent », le prince royal est silencieux, manifestement d'un tempérament mélancolique, et la princesse aînée aussi' ». A table, ils se regardent dans les yeux; ils se -comprennent, et sans parler, et se disent, sans doute, dans l'échange du coup d'œil : Quel monde ! Ils pensent : Un jour nous changerons tout cela. Et le père sentait la désapprobation de son fils, la résistance de la lèvre qui se tait et du regard qui fuit.
Déjà s'annonce le partage de la responsabilité dans le drame qui va venir. La part du roi y est grande, car sa brutalité ne s'excuse pas, et elle est une des causes •des malheurs de la famille, mais seulement une des causes. Nous en apercevons d'autres, que nous connaîtrons mieux, quand nous saurons l'extraordinaire histoire des projets de mariage pour Frédéric et Wilhelmine.