Rottenbourg, A.-E. Prusse, 1726, 2S mai
marquer sa reconnaissance aujourd'hui, mais qu'elle était profondément gravée dans son cœur ». Ce qui donne confiance à Rottenbourg, c'est que « le prince hait le roi son père souverainement * ».
Ainsi une sorte de complot s'organise. Les conspirateurs sont très prudents. Frédéric ayant fait offrir son portrait à Rottenbourg, celui-ci lui recommande « la réserve la plus exacte ». « J'affecte de ne lui parler jamais, écrit-il, mais j'ai plusieurs voies sûres et fidèles pour lui faire passer ce que je désire et en avoir des nouvelles. » Il a mis Frédéric « en liaison parfaite » avec un des ministres gagés par la France, Cnyphausen. Bientôt il se croit assuré de s'être attaché le prince royal, « non seulement par l'espérance de l'avenir, mais même pour s'en servir dès aujourd'hui à flatter et à intimider nos amis et nos ennemis. » Frédéric, en effet, se compromet de plus en plus. Il en vient aux grandes imprudences, et voici le plus grave des témoignages de Rottenbourg : « J'ai eu un entretien très intéressant avec le prince royal. Le lendemain, il m'écrivit une lettre. J'ai cru n'y devoir point répondre, et je l'ai exhorté à la patience. Comme tout ce dont il s'agit n'est pas matière dont on puisse traiter aujourd'hui, je remets à vous en rendre un compte verbal '. »
Malheureusement, nous ne savons rien de ce compte verbal, et le départ de Rottenbourg, qui a obtenu un congé et sera bientôt envoyé en Espagne, interrompt ces révélations; mais la matière ne manque pas aux conjec-